Diaporama de Pablo Neruda.
Traitement des images, restauration, Guy Desmurs

Citation de Pablo Neruda

lundi 23 septembre 2013

« PABLO NERUDA 
ÉTAIT UN SYMBOLE À ABATTRE »

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LE PHOTOGRAPHE BRÉSILIEN EVANDRO TEIXEIRA A COUVERT SECRÈTEMENT LA MORT DE NERUDA. IL A PU S'INTRODUIRE À LA CLINIQUE « SANTA MARIA », EN CACHANT SON APPAREIL PHOTO « LEICA » SOUS SA CHEMISE.  PHOTO EVANDRO TEIXEIRA
Nous, nous craignions pour sa vie car 
on le savait en danger. L’ambassadeur du Mexique voulait le faire sortir 
du pays. Il devait d’ailleurs s’y rendre 
le 24 septembre 1973. Le 22, Neruda me dit d’aller à Isla Negra pour faire ses valises et lui ramener douze livres. Lorsque nous partons avec Matilde, 
il va bien. Puis, dans l’après-midi, nous recevons un appel pour nous informer qu’on lui a fait une piqûre. Lorsque nous revenons à la clinique, Neruda est rouge, il me dit que tout son corps le brûle. C’est très étrange, mais on m’envoie acheter un médicament. Pourquoi, alors que nous sommes 
dans un hôpital? En sortant, 
deux voitures m’arrêtent et m’emmènent au commissariat. Neruda meurt 
le 23 septembre.

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UNE DE L'HUMANITÉ DU 12 SEPTEMBRE 1973 CONSACRÉ À LA MORT DU PRÉSIDENT SALVADOR ALLENDE   

Aujourd’hui, où en est-on désormais 
de l’enquête ?



Manuel Araya. Officiellement, il serait mort en état de grande faiblesse. Mais cette version est différente de celle la presse de l’époque qui parle de mort liée à une infection urinaire. Dans les années 1970, le médecin Sergio Draper 
a dit qu’il avait injecté la fameuse piqûre et que Neruda était mort dans ses bras. Mais, lorsqu’il a dû témoigner, il a dit qu’il n’était pas à l’hôpital. Et puis on 
a découvert que des médecins exerçaient également à Colonia Dignidad (une secte nazie – NDLR) et que d’autres n’existaient même pas!

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UNE DE L'HUMANITÉ DU 27 SEPTEMBRE 1973  CONSACRÉ AUX LES OBSÈQUES DU POÈTE PABLO NERUDA 


Vous dites que Pablo Neruda était 
en danger. Pourquoi ?



Manuel Araya. Il était surveillé en permanence. Dès le 12 septembre, un bateau militaire s’est posté au large d’Isla Negra. Des militaires sont venus une première fois dans sa maison pour savoir combien de personnes y travaillaient. Le 14 septembre d’autres militaires sont revenus, puis des marins. Notre objectif était alors d’évacuer Neruda. Il était un symbole à abattre. Il fut sénateur, candidat à la présidence, prix Nobel, communiste. Il était connu, reconnu et apprécié du peuple.


Dans le cadre de l’enquête, les restes de Neruda ont été exhumés en avril dernier pour pratiquer des examens ADN afin d’en savoir plus sur les conditions de sa mort…

Manuel Araya. Je m’en réjouis. Quarante ans après sa mort, c’est une façon de faire justice. C’est une première dans l’histoire du Chili. Mais je me méfie aussi. J’ai des doutes sur les compétences du système médico-légal chilien. Il y a eu d’autres affaires de cas de morts et de disparus qui ont montré son incompétence. Les médecins se sont trompés tant de fois, et de nombreux cas n’ont jamais été résolus.

Qu’est-ce que cela a signifié d’être un des hommes de confiance de Pablo Neruda ?

Manuel Araya. Cela a été un orgueil pour moi que de travailler pour lui à partir de 1972. Militant communiste, je l’avais connu dans les années 1950, lorsqu’il nous donnait des conférences. Puis mon Parti m’a confié la grande responsabilité de me mettre à son service. C’était un homme très agréable, fidèle en amitié. 
Il venait pourtant de la souffrance : 
il a perdu sa mère quand il était bébé, et son père a toujours été très dur avec lui. Mais il n’a jamais cessé d’aider les gens, de les écouter. Lorsqu’il se promenait dans Isla Negra, il n’hésitait pas à s’arrêter pour parler avec eux. Je regrette que mon Parti ne m’ait pas prêté attention avant. Matilde non plus ne m’a pas écouté. J’ai pourtant frappé à toutes les portes. La Fondation Pablo-Neruda m’a demandé de renoncer 
à dénoncer la mort de Neruda. Jamais. C’est usurper son héritage.

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