Diaporama de Pablo Neruda.
Traitement des images, restauration, Guy Desmurs

Citation de Pablo Neruda

dimanche 16 juillet 2017

ERNEST PIGNON-ERNEST : PAS DE MOTS DEVANT L'INTOLÉRABLE

CHILI RÉSISTANCE 1977
ERNEST PIGNON-ERNEST 
Le plasticien Ernest Pignon-Ernest s'est rendu au Chili au début des années quatre-vingt. Repère : la figure e Pablo Neruda, le poète mort du fascisme. Il explique à l'Humanité sa colère devant l'incroyable décision des autorités britanniques et évoque son travail sur place avec les artistes chiliens, menacés par Pinochet et ses sbires.

Quelle est votre réaction devant l'attitude du gouvernement britannique?
PABLO NERUDA,
ERNEST PIGNON-ERNEST 1981
L'intolérable se mesure par rapport à nos propres repères. Regardez tout ce qui s'est passé avec Papon, qui était, si l'on peut dire, un " petit " dans le processus mis en place par les nazis. C'est un peu comme si on disait que Hitler où Pétain pouvaient être libérés. Il y a des responsabilités. Lorsque l'on pense à l'émotion qui a saisi - à juste titre - l'opinion française lors de l'affaire Papon, on se dit que c'est intolérable et insupportable. On se demande quelles sont les pressions qui ont pu être exercées.

Je songe à mon séjour au Chili, au début des années quatre-vingt, alors que Pinochet était en place : c'était la terreur, la crainte, la peur permanente. Et puis, aussi, ce désespoir permanent des gens qui avaient des proches ou des amis disparus. C'est insupportable. Je ne trouve pas les mots pour dire combien je trouve cela scandaleux.

Ne pensez-vous pas que le gouvernement français devrait réagir ?

Oui. Le gouvernement devrait réagir. Il y a aussi des Français qui sont morts ou qui ont disparu au Chili. De toute manière, ça dépasse les questions de frontières. On parle à tout le temps du droit d'ingérence, on y est !

Vous étiez au Chili au début des années quatre-vingt. Comment s'est passée votre intervention là-bas ?

J'y suis allé à la demande d'amis chiliens, en exil en France. Ils avaient le sentiment, en appelant leurs camarades au Chili qu'il y avait un grand désarroi. Tout était désorganisé, les collectifs ne fonctionnaient plus. Ceux qui étaient sur place se sentaient perdus, isolés. Jose Balmes m'a alors suggéré de me rendre dans le pays et de prendre contact avec un certain nombre d'artistes qui s'étaient séparés parce que le fascisme crée une suspicion terrible. On pense aux pièces de Brecht. Les gens avaient peur les uns des autres. J'ai alors esquissé l'idée de réaliser, collectivement, une image, celle de l'image du Chili à ce moment-là. Il n'y avait pas de graffitis dans les rues, pas plus que d'affiches. Le dénominateur commun, c'était une évidence, était Neruda, qui incarnait le Chili. J'ai alors travaillé sur une image du poète. C'était de la sérigraphie et on a ainsi pu réunir des gens et impulser une dynamique assez extraordinaire. Près de cinquante artistes sont passés dans l'atelier mais il y avait tout de même des méfiances. Brunioli me disait toujours : " c'est évident qu'il y a un flic dans le groupe ", mais on n'arrivait jamais à savoir qui c'était. Il y avait tout le temps cette pression, cette peur permanente, quand on sortait. C'est ce que j'ai senti de plus terrible.

On a don fait cette image de Pablo Neruda. L'idée était de le faire comme un drapeau, une incarnation du Chili. On l'a représenté avec un poncho, l'habit populaire, qui permettait de faire une grande surface sur le corps de Neruda. Chacun intervenait alors sur ce poncho : des paysages du Chili, des manifestations, des poèmes. Il incarnait vraiment la résistance, le pays en lutte. À travers l'image que j'avais réalisée, il y avait une rencontre. On en a imprimé près de 500, envoyées à tous les groupes d'artistes, aux quatre coins du Chili.

Vous avez montré ce dessin à la veuve de Neruda ?

J'ai montré le dessin à Matilde. Une beauté grave, un peu comme Irène Papas. Je vais dans leur maison, chargée d'histoire, pillée au moment du coup d'État. Je déroule dessin sur une grande table. Elle reste silencieuse et me dit : " Pablo n'était jamais comme ça ". J'étais gêné. Elle se tait et ajoute : " Mais, vous avez raison. Maintenant il serait comme ça, grave et résolu. Avant il riait toujours. Même quand il a été expulsé de France, nous sommes montés dans le bateau à Cannes et il a offert du champagne pour tout le monde. Dans tout il voyait ce qu'il y avait de positif. "

Entretien réalisé par

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