Citation de Pablo Neruda

lundi 3 avril 2023

PROLOGUE DE LA NOUVELLE ÉDITION DE «RÉSIDENCE SUR LA TERRE»

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EL POETA CHILENO, RAÚL ZURITA, EN 2018. FOTO AGENCE OPALE / ALAMY

 

Ñ

Raúl Zurita écrit sur « un miracle » appelé Pablo Neruda / L'auteur chilien, l'un des plus influents de la poésie vivante en espagnol, célèbre dans un nouveau prologue la maestria de son compatriote et lauréat du prix Nobel dans «Résidence sur la terre»

Ce sont des images, des ailes, des solitudes. Neruda : le dernier cap des mots

Parmi les plumes qui effraient, parmi les nuits,

parmi les magnolias, parmi les télégrammes,

parmi le vent du Sud et l'Ouest marin,

 te voici qui viens en volant.

(Voici Alberto Rojas Jiménez qui vient en volant) 1

C'est l'un des poèmes les plus prodigieux jamais écrits et le simple fait qu'il existe, ainsi que le livre qui le contient, est un miracle. Dans un autre poème du livre, on trouve la vision hallucinante d'un début :

Comme des cendres, comme des mers se peuplant,

dans la lenteur submergée, dans l’informe,

ou comme on entend du haut des chemins

la traversée en croix des coups de cloches, 2

RAÚL ZURITA

PORTADA DE
 «RESIDENCIA EN LA TIERRA»

C'est le début de « Galop mort », le premier poème de Résidence sur la terre, et l'effet est immédiat : on parvient à entrevoir les traces d'une nouvelle genèse : le ton, la texture de l'image, sa blancheur, son immensité, et notre impression est une fois de plus celle d'être devant un monument impossible : rien dans Résidence sur la terre n'était prédit. Contrairement à Borges, par exemple, dont l'œuvre, sans doute grandiose, est d'une manière ou d'une autre contenue dans l'horizon spéculatif d'un monde qui a créé la théorie de la relativité et des géométries multidimensionnelles, il n'est donc pas invraisemblable de déduire, à la manière de Borges, que s'il n'avait pas écrit «Les Ruines circulaires» ou « L'Aleph », quelqu'un d'autre, un autre Borges, l'aurait fait. Il n'y avait rien, absolument rien dans une culture ou dans une histoire ou dans une langue qui suggérait que cet ensemble de poèmes allant de «Galop mort» à «Josie Bliss», qui clôt le deuxième volume de Résidence, pouvait être écrit, mais il le fut.

C'est-à-dire que l'immortelle litanie d'Alberto Rojas a été écrite comme un naufrage vers l'intérieur, nous mourons, à partir de « Seule la mort », fut écrite l'eau originelle et les cendres de «Walking around». 

L'instantanée luminosité d'une nouvelle naissance avec l'obscurité informe et ineffaçable d’une nouvelle mort furent écrites d’un même tenant.

Comme on sait, les poèmes qui compsent les deux Résidences ont été écrits entre 1925 et 1935, alors que Neruda était consul en Orient, d'abord à Rangoon, puis à Colombo et Batavia, l'actuelle Jakarta, une période que tous ses érudits s'accordent à signaler comme décisive pour son œuvre et pour sa vie. Cette affirmation est indiscutable et en même temps creuse ; les circonstances biographiques rendent comptent du point blanc de l'écriture, mais sont incapables d’inclure son ombre. Cette rectification centrale des données que l'art imprime sur la vie et qui est précisément ce que nous appelons Rimbaud, Whitman, Borges, Neruda.

Mais même au-delà de cela, il y a quelque chose qui se passe spécifiquement avec la poésie, quelque chose qui n'a pas encore été formulé et qui la rend profondément réfractaire au vice des interprétations. Parallèlement au monde, les grands poèmes représentent la dernière limite du langage, il n'y a rien au-delà, et donc ils sont eux-mêmes l'ultime interprétation, le dernier cap de mots.

Il n'y a d'autre dialogue avec la poésie qui ne soit celui de l'émotion et de l'inférence (mais cette émotion et cette inférence ont forgé les nations, créé des peuples, annoncé d’interminables apocalypses). On peut alors imaginer les paysages et les scènes des Résidences ; ces cendres, ces mers qui se peuplent et, devant elles, cet être encore sans nom qui, en un instant, voyant les brisants balayer encore et encore la plage déserte, comprend soudain qu'ils seront toujours là, s’élevant et descendant sans fin. Mais qu'il y aura une aurore où cet être sans nom ne les verra plus. À partir de là, il fait la plus transcendante des découvertes, celle qui s'insère dans chaque particule de ce que nous sommes (dans ces doigts qui tapent à la machine avec difficulté, dans les chansons que j’écoute dès l'aube pour chasser l'angoisse, dans mon scepticisme, dans ta soif, María): découvre la mort, et immédiatement après découvre le langage, qui est avant tout le sortilège que l'être humain jette face à l’évidence absolue, incompréhensible, terrifiant que nous devons tous mourir. Le premier de ce sortilège est ce que nous appelons le poème.

C'est le fait poétique central et l'apparente étrangeté de la géographie nérudienne, ses lits flottants, ses magasins orthopédiques sont les sortilèges que le langage jette à la mort pour la différer. Dans cet affrontement radical, irrécusable, toutes les sphères de l'existence sont mobilisées. Nous sommes les enfants de cette confrontation, nous sommes les enfants de la mort et du poème. Tendus entre la mort et la vie, les poèmes des Résidences nous font voir que dans cette lutte titanesque, dévastatrice, sans fin que mènent entre eux ces deux frères jumeaux, la langue et la mort, l'histoire de la poésie est l'histoire éternellement vaincue et éternellement renouvelée des sortilèges par lesquels le langage tente de différer le devoir de mourir.

Les poèmes de Résidence sur la terre, dans leur étonnante particularité, dans leur registre unique, dans leur fidélité aux sons réellement entendus par Neruda, fusionnent avec les mots de nos vies, donnant à la langue que nous parlons, à cette langue pour nous datée, la possibilité symbolique d'un nouveau départ. D'une nouvelle alternance où les êtres et les ombres qui parlent dans ces poèmes, dans leur jargon des morts, dans leurs cloches silencieuses, dans leurs océans d'origine et de cendres, sont tour à tour les milliers et millions de fragments d'expériences, d'échecs, d'érotisations, de femmes en train d'uriner et de petits fonctionnaires qui défilent dans les rues de Rangoon et d'autres qui déambulent entre boutiques de tailleurs et vêtements suspendus, hermétiques comme un cygne de feutre, qui, se rejoignant un à un, composent l'humanité qui habite les Résidences. Ce n'est pas une voix, c'est ce recueil gélatineux, presque infini, de sang, de nerfs, de culture, de rêves, de souvenirs, d'héroïsme inattendu, de selles et d'espoirs qui se vident dans le langage, ce qui apparaît dans cette synthèse qui pointe du même coup les limites infranchissables d'un vide. Neruda est Neruda parce qu'il est l'humanité entière, l'humanité entière est l'humanité entière parce que c'est un vide, Neruda est l'humanité entière parce que c'est le vide que la mort laisse derrière elle en paroles :

Mais la mort marche aussi à travers le monde munie d'un balai,

elle lèche le sol cherchant des défunts,

la mort est sur le balai,

c'est la langue de la mort cherchant les morts,

c'est l'aiguille de la mort qui cherchant le fil. 3

Installé au cœur de la langue, seul Pablo Neruda, c'est-à-dire, seul ce chiffre, ce temps que nous appelons aujourd'hui Pablo Neruda, a pu écrire Résidence sur la terre, mais il a pu le faire parce que ses lecteurs sont des êtres blessés, qui saignent, qui suivent le vers de ces poèmes, les stations de son sang et de sa mort. 

Nous résidons sur la terre, c'est-à-dire que nous résidons dans la vérité nue de cette écriture, non dans sa rhétorique, mais dans ce laconisme essentiel qui a l’irrémédiable : nous sommes des êtres morts prêtés à la vie une seconde, nous vivons, nous mourons, et c’est cette condition extrême et paradoxale qui nous est maintes et maintes fois rappelée dans les chefs-d'œuvre : la Comédie de Dante, Don Quichotte, Shakespeare, Dostoïevski, Whitman, Rimbaud, les Cantos de Pound, Résidence sur la terre, le Chant général de Neruda. En d'autres termes, ce que ces œuvres nous montrent, c'est que nous ne sommes pas habités uniquement par nos rêves, tout comme nous ne sommes pas punis uniquement pour nos crimes. 

Dans un monde qui a multiplié à l'infini le présent de Troie, et qui a mené la planète au bord de l'effondrement, ce qui est réel, ce qui est effroyablement réel, c'est le vide laissé par les mots une fois prononcés.

Derrière « Seulement la mort », il n'y a que la mort. Condamnés à ne pas oublier (la destruction de Troie n'a pas eu lieu, elle arrive et Homère n'est que l'ondulation de son avenir), nous plongeons dans ce passé intemporel où l'immense fantasmagorie qui survole Alberto Rojas Giménez, ces « mers sans personne », ce « seul parmi les morts », ce « seul à jamais » arrivent en volant sans ombre et sans nom, sans sucre, sans bouche, sans rosiers. De plus, tout se passe comme si ces entités abstraites, mortes, transformées en concepts dans ce présent perpétuel qu'est la poésie, en faisaient la dernière interprétation, nous montrant au passage que l'humain (j'insiste pour appeler ainsi cette mer, ce débordement) non seulement il n'est pas propriétaire de la langue qu'il parle, mais, au contraire, il est pris dans une invention de mots. Dans un monde qui a multiplié à l'infini le présent de Troie, et qui a la planète au bord de l'effondrement, ce qui est réel, ce qui est effroyablement réel, c'est le vide laissé par les mots une fois prononcés, la tache noire laissée par les mots une fois écrits, le bruit infernal des bombardements, des massacres, des millions d'émigrés mourant aux frontières qui laissent les mots une fois entendus...

On comprend alors que la poésie n'est pas le confessionnal du moi, c'est le confessionnal des autres.

Voici Alberto Rojas Jiménez qui vient en volant. Ce sont des images, des ailes, des solitudes...

La mer est là. Je descends la nuit et je t'entends

venir en volant sous la mer désertée,

sous la mer qui m'habite, obscurcie :

te voici qui viens en volant.


J'entends tes ailes et ton vol lent,

et l'eau des morts me frappe

comme des colombes aveugles et mouillées :

 te voici qui viens en volant.


Te voici qui viens en volant, seul solitaire,

seul parmi les morts, seul à jamais,

te voici qui viens en volant sans ombre et sans nom,

sans sucre, sans bouche, sans rosiers,

te voici qui viens en volant. 1

Ce sont des images. C'est un ton, un timbre, un tremblement. Ancré dans un temps indiscernable, un être encore sans nom comprend que les étoiles qu’il a vues il y a un instant seulement sont la réfutation ultime du temps et de l’histoire.

Raul Zurita. Ospedale Maggiore, Milan, 16 juillet 2019.


Ce texte est le prologue de la nouvelle édition de «Résidence sur la terre» que la maison d'édition Lumen [maison d’édition espagnole du groupe Penguin Random House] publie ce jeudi. [23 février 2023]

Notes: 

* 1. « Voici Alberto Rojas Jiménez qui vient en volant», Page 120-123.

* 2. « Galop mort », Page 15-16.

* 3. « Seulement la mort », Page 78-79.

Dans Résidence sur la Terre, Poésie Gallimard Traduit de l'espagnol par Guy Suarès, préface de Julio Cortazar, 224 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Poésie/Gallimard (No 83) (1972), Gallimard -poés. ISBN 9782070318834. 8,60 €


samedi 1 avril 2023

LA BANDERA

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LA BANDERA NERUDIANA




Mi bandera es azul y tiene un pez horizontal que encierran o desencierran dos círculos armilares. En invierno, con mucho viento y nadie por estos andurriales, me gusta oír la bandera restallando y el pescado nadando en el cielo como si viviera. Y por qué ese pez, me preguntan. ¿Es místico? Sí, les digo, es el simbólico ictiomín, el prescristense, el cisternario, el lucicrático, el fritango, el verdadero, el frito, el pescado frito.

—¿Y nada más?

—Nada más.

Pero en el alto invierno allá arriba se debate la bandera con su pez en el aire temblando de frío, de viento, de cielo.


Neruda, Pablo. Una casa en la arena.
Barcelona, Lumen, 1966.
  PABLO NERUDA. SERGIO LARRAIN (Foto) 1966


LOGO NERUDIANO

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mardi 28 mars 2023

lundi 20 mars 2023

CHILI - UN PANEL D’EXPERTS RÉVÈLE QUE NERUDA EST DÉCÉDÉ APRÈS L’INOCULATION « BIO-TERRORISTE » DE LA SOUCHE ALASKA E43 DE CLOSTRIDIUM BOTULINUM

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LE TOMBEAU DE PABLO NERUDA 
PHOTO RODRIGO GARRIDO 
Lundi 6 février 2023 - Une source bien informée sur le sujet – qui a préféré taire son identité – nous a indiqué que ce crime a exigé des connaissances importantes en chirurgie et en microbiologie, pour révéler l’évidence de la réalité des faits.

par Francisco Marín Castro

PHOTO FINA TORRES
La souche Alaska E43 de Clostridium botulinum, dont l’ADN a été détecté dans la pulpe d’une molaire de Pablo Neruda est la cause de sa mort survenue à 22h30 dans la nuit du 23 septembre 1973.

C’est la conclusion principale qui ressort des deux communiqués de 30 pages chacun élaboré par les experts du Centre de l’ADN ancien de l’Université de Mac Master (Canada) et de la section de Génétique légale du département de médecine légale de l’Université de Copenhague (Danemark).

« NERUDA FUT  ASSASSINÉ »
(FRANCISCO MARIN. PROCESO N°1801,
8 MAI 2011 PAGE 56)

C’est ainsi que serait corroborée la version de l’assistant du poète, Manuel Araya à ce rédacteur, déclarant que Neruda avait été assassiné par une injection non programmée dans l’abdomen, aux environs de 4 h de l’après midi du 23 septembre. Version rendue célèbre par un reportage « Neruda a été assassiné (Francisco Marin. Proceso n°1801, 8 mai 2011) qui a décidé de l’ouverture de l’investigation, Ref 1038-2011, « Le cas Neruda » du même mois et de la même année que la publication citée.

Ce troisième panel d’experts en « génomique protéomique » a surgi après que dans le deuxième panel – qui a été réalisé entre 2015 et 2017- a été découvert l’ADN de Clostridium botulinum dans la pulpe d’une molaire, ce qui imposait de définir le caractère homicide ou non de celui-ci.

« NERUDA FUT  ASSASSINÉ »
(FRANCISCO MARIN. PROCESO N°1801,
8 MAI 2011 PAGE 57)

Cette instance a conclu également à la non validité du certificat médical de décès émis le 24 septembre 1973 qui établissait que la cause de la mort était due à un cancer métastasé de la prostate.

Le certificat de décès a été délivré le 24 septembre 1973 par le médecin traitant de Pablo Neruda, l’urologue Roberto Vargas Salazar, qui n’était pas présent dans la clinique au moment du décès de Neruda ni dans les heures qui ont suivi.

« NERUDA FUT  ASSASSINÉ »
(FRANCISCO MARIN. PROCESO N°1801,
8 MAI 2011 PAGE 58)

Divers témoignages recueillis par cet enquêteur, outre celui de Araya, comme celui fourni par l’ambassadeur du Mexique au Chili, Gonzalo Martínez Corbalá aujourd’hui décédé, ainsi que d’autres qui sont consignés dans le dossier (de plus de 4mille pages), comme ceux émanant de Matilde Urrutia elle même et des infirmières qui étaient au chevet de Neruda dans ses derniers instants, affirment tous que Neruda n’était pas dans un état grave, loin de là, dans la clinique Santa María.

« NERUDA FUT  ASSASSINÉ »
(FRANCISCO MARIN. PROCESO N°1801,
8 MAI 2011 PAGE 59)

En fait, il travaillait à ses mémoires, assisté de son secrétaire (également assassiné) Homero Arce : « il lisait presque toute la journée », comme l’atteste l’infirmière Patricia Albornoz (page 256). Il était alité. Il aimait avoir des peluches dans son lit, des jouets en peluche, et il en avait pas mal …il plaisantait …il blaguait…il conversait » selon ce que nous a dit l’ambassadeur Martínez Corbalá (Marín et Casasús, El doble asesinato de Neruda, 8 Libros, 2012).

Les examens de laboratoire de Neruda – de son vivant – révélaient qu’il souffrait d’une infection urinaire sévère qui apparemment n’était pas correctement traitée, mais qui en aucun cas n’aurait pu provoquer une mort aussi brutale que celle dont il a souffert. Neruda n’a jamais été en soins intensifs et les seuls traitements qui lui étaient administrés étaient ceux que lui donnait son épouse.

S’il avait été dans un état grave – comme l’affirment les proches de la Fondation Neruda – le minimum aurait été l’hospitalisation dans la meilleure clinique privée du pays : contrôle de ses constantes vitales, perfusion et il n’aurait pas été assisté seulement de son entourage et d’une amie, comme ce fut le cas.

La vérité est que Neruda avait prévu une consultation dans cette clinique avant son voyage au Mexique qui devait avoir lieu le matin du 22 septembre et qui fut repoussé au 24 de ce mois là, raison pour laquelle le voyage n’a pas eu lieu.

Une longue attente

Le représentant du Second panel d’expert génomique, Aurelio Luna, professeur au Département des sciences socio-sanitaires de l’Université de Murcia a indiqué – assisté de 11 autres experts réunis à l’hôtel San Francisco de la capitale chilienne, le 20 octobre 2017- que des études de génomique microbienne permettront de confirmer ou d’exclure, en un laps de temps d’entre six mois et un an, l’intervention d’un tiers dans la mort du poète « alors que, au vu des résultats qui existent actuellement et l’attente de ces nouveaux résultats, nous ne pouvons ni exclure ni confirmer le caractère de mort naturelle ou de mort violente de Neruda.

Cependant ces six mois se sont transformés en plus de 5 ans. En cela ont été déterminants les délais et les obstacles imposés par les Services de médecine légale (SML) pour élucider le cas. Cette institution a même refusé de remettre les échantillons de terre recueillis près de l’urne de Neruda que détenait sa veuve Matilde Urrutia, à Isla Negra. Ceux-ci étaient nécessaires pour analyser la présence de toxine botulique dans l’entourage de la tombe de Neruda, fait qui aurait pu en expliquer la présence dans le corps de Neruda (par contamination) de cette bactérie létale.

Le ministre Mario Carraza (qui a instruit cette cause jusqu’à fin de 2019) a du ordonner la perquisition de SML pour obtenir ces échantillons, qu’il a finalement obtenus.

Un autre obstacle a été l’absence de soutien du gouvernement de Sebastián Piñera (2018- 2022) au financement de ce troisième panel, qu’il a finalement accepté. La pandémie a aussi été un obstacle à l’élucidation du cas Neruda car les laboratoires internationaux impliqués ont du privilégier – pour un temps- la lutte contre l’épidémie sur l’élucidation de la mort du Prix Nobel chilien. À l’occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire du coup d’État, il semblerait qu’est arrivé pour Neruda le moment de la vérité.

Troisième panel « génomique protéomique

Ce troisième panel (de caractère hybride ou semi-présentiel) a débuté le 24 janvier et se prolonge jusqu’ au 3 février, jours où les experts remettront les premières conclusions à la ministre Paola Plaza, en charge de la cause depuis janvier 2020

Cela aura lieu en réunion à partir de 15h le vendredi 3 mars. Après cela les experts et les avocats des parties en présence (Parti communiste, Succession Reyes et Ministère de l’intérieur) seront à disposition de la presse. Cependant les rapports définitifs et les conclusions seront remis à la ministre Plaza le 7 mars. Ce sera elle (et non les experts) qui déterminera si Neruda a été assassiné ou non.

En accord avec la résolution du 12 janvier de cette magistrate, le travail de « recherche et détermination de vestiges moléculaires au moyen de la technologie Next Generation Sequencing (NGS) est de la responsabilité des docteurs Debi et Hendrick Poinar (Mac Master) et de Niels Morling et Marie-Louise Kampmann.

Les experts en NCS Romilio Espejo (PhD Chimie, biologie moléculaire et génétique, outre le Prix national des Sciences du Chili) et Maria Paz Weisshaar (docteure en microbiologie et ingénierie génétique) ont été désignés superviseurs indépendants des rapports et des concluions de Mac Master de Copenhague, respectivement.

L’infectiologue Alexis Diomedia a du rapporter des antécédents concernant le Clostridium botulinum et les maladies associées à sa présence dans les humains. La coordinatrice de ce troisième panel est la docteure Gloria Ramírez Donoso (M.Sc International Health Management Development) nommée à cette fonction par le juge Carroza, en mars 2018.

Lors de la troisième réunion décisive des experts du cas Neruda – à laquelle de toute évidence n’a pas été convié le SML – « la grande différence a été l’application de NCS qui a permis de réaliser un analyse de microbiologie légale » selon ce que nous a indiqué une source importante.

Comme l’a indiqué le Docteur Ramilio Espejo- dans son rapport du 9 juin 2013 adressé au ministre Carroza– « les nouvelles méthodologies de séquençage massif de l’ADN (NGS en anglais) ont été utilisées en médecine, y compris en médecine légale, permettent de mettre en évidence ce qu’il est impossible d’obtenir avec les méthodes antérieures. Cette technologie se distingue par le fait qu’elle permet d’obtenir de grandes quantités de données de séquence ADN qui permettent d’identifier l’origine de l’échantillon et la présence d’ADN d’organismes étrangers, même quand les tissus ont subi des dégradations importantes »

Cette méthodologie permet l’utilisation d’équipements d’auto-analyseurs de milliers d’échantillons en même temps. Comme résultat de leur utilisation on a pu trouver la souche Alaska E43 dans la seule molaire sans carie ni obturation de Neruda et qui empêchait la contamination par des agents extérieurs.

Les dents, à l’apex de la racines ont un micro-orifice par où pénètre le sang envoyé par le cœur depuis le ventricule gauche, qui est celui qui irrigue les tissus. C’est là qu’arrivent les globules et éventuellement des bactéries anaérobies (qui ont besoin d’un milieu avec peu ou pas d’oxygène) comme c’est le cas de Clostridiuum botulinum.

Les conclusions

L’organisation de la rédaction des conclusions du Panel s’est faite autour de trois questions :

 1.- La bactérie découverte dans la molaire était-elle endogène ou exogène ? Ce qui conduit à discerner si cette bactérie pénétra dans le corps de Neruda avant ou après sa mort.

Les deux laboratoires (du Canada et du Danemark) sont arrivés aux mêmes conclusions : la bactérie a atteint Neruda avant sa mort, c’est à dire qu’elle était endogène. Il faut savoir qu’il n’est pas normal qu’un organisme qui contient cette bactérie ne développe pas une forme grave de botulisme.

À noter que la toxine botulique (produite par le Clostridium botulinum) est la « cause de l’empoisonnement puissant le plus connu » selon The New Encyclopaedia Britannica 15° Ed.( fondée en 1768) , vol. 3 : Micropaedia.

 2.- Jusqu’à quelle point est pathogène la souche de clostridium botulinum trouvée chez Neruda. La souche Alaska E43 est une des plus pathogènes de celles qui sont enregistrées et classées.

De cette bactérie est resté du matériel génétique mais pas de matériel toxicologique. Néanmoins cela s’explique par ce que c’est une protéine qui se dégrade avec le temps.

 3.- la bactérie pourrait-elle expliquer la mort de Neruda ?

Oui ; elle le pourrait. Il n’est pas courant que dans un centre hospitalier apparaissent des cas de Clostridium botulinum. Par ailleurs, durant l’hospitalisation de Neruda il n’y a pas eu d’autres cas de présence de Clostridium botulinum. Donc, étant donné son caractère létal il n’y a pas eu de transmission asymptomatique de ce bacille ou de cette bactérie.

Le fait qu’il ait été trouvé dans la pulpe d’une molaire implique qu’il a été transmis par le flux sanguin.

Pour ce qui relève de la question de la juge Plaza quant à la porte d’entrée de la bactérie, l’infectiologue Diomedi a répondu qu’une possibilité est que celle-ci ait pénétré dans le corps de Neruda à travers le tablier des epiplones, qui se situe dans la zone de l’abdomen, riche en vascularisation artérielle, veineuse et lymphatique. Cela implique que cette toxine ait pu se disséminer rapidement au niveau systémique généralisé ce qui pourrait avoir signifié une mort en quelques heures.

Une source bien informée sur cette cause- qui a préféré ne pas révéler son identité - nous a indiqué que ce crime a supposé une connaissance en microbiologie et en chirurgie pour être commis avec une efficacité démontrée. Néanmoins, elle précise que la culture de Clostridiumbotulinum en laboratoire n‘est pas d’une grande complexité, raison pour laquelle elle aurait pu avoir lieu dans le laboratoire même de la clinique.

Selon ce qu’indique la médecin professeure de pédiatrie du laboratoire d’infectiologie et de virologie moléculaire (Université catholique du Chili) Marcela Ferrés « un agent infectieux est sélectionné pour être utilisé comme arme biologique s’il répond aux critères de haute infection, contagiosité élevée, haute létalité (qui n’a pas de traitement antimicrobien disponible ou difficile d’accès ou d’une toxicité élevée), pour laquelle il n’y a pas d’antidote ou de vaccins.

La chercheuse ajoute (dans l’article « Agentes Biológicos y Bioterrorismo » publié dans le n° 73, vol. 1 de la Revista Chilena de Pediatría, janvier 2002) que « des exemples de maladie infectieuses de forte létalité sont l’anthrax par inhalation et l’intoxication botulique ».

En rapport avec celle-ci elle remarque « le botulisme se manifeste par une paralysie musculaire progressive et symétrique qui conduit à une insuffisance respiratoire à des délais variables selon la porte d’entrée de la toxine (…).La paralysie musculaire est irréversible sans le recours à la ventilation qui peut être nécessaire durant des semaines et des mois jusqu’à se régénèrent les terminaisons nerveuses bloquées par la toxine au niveau présynaptique. La toxine botulique est la plus létale de toutes les toxines, à la dose de 0,001 microgramme par kg pour entrainer la mort de 50% de ceux qui sont contaminés ».

Traduction française de Françoise Couedel

 Source (espagnol) El Ciudadano

mardi 7 mars 2023

¡FELIZ RETORNO A CLASES! NERUDA EL ESTUDIANTE

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NERUDA EL ESTUDIANTE 

¡Feliz retorno a clases! Neruda el estudiante  / "En un día del año 1923 pasó por la puerta del viejo Pedagógico el Presidente de la República de entonces, don Arturo Alessandri Palma. Los corrillos de estudiantes allí detenidos no lo saludamos respetuosamente. Lo miramos simplemente con curiosidad, sin hablar. La verdad era que no lo considerábamos nuestro amigo.

Fundación Pablo Neruda 

PROPAGANDA POLÍTICA
CIRCA 1925

El antiguo León de Tarapacá agitó su simbólica melena y su bastón y nos acusó de irrespetuosos e insolentes. Tampoco respondimos, y él pronto siguió andando entre su indignación y su bastón.

Medio siglo ha pasado, y ahora un compañero Presidente viene hacia ustedes a dictar una primera clase magistral, a mezclarse en el conocimiento, en la inteligencia y en la vida de estudiantes y maestros.

También nuestro Presidente, nuestros estudiantes, nuestra vida ha cambiado.

Sin embargo, mis recuerdos recorren tiernamente la vieja escuela universitaria en que conocí la amistad, el amor, el sentido de la lucha popular; es decir, el aprendizaje de la conciencia y de la vida.

De aquella escuela y de mis alojamientos sucesivos de estudiante pobre salieron a las imprentas mis primeros libros: Crepusculario , el año 1923; 20 Poemas, que cumplirá cincuenta años de vida el próximo año de 1974.

La poesía, la curiosidad delirante, la fermentación de todos los libros, la embriaguez juvenil de hallar otros seres que sueñan los mismos sueños que nosotros, las calles Echaurren, República, Av. España, llenas de pensiones juveniles; los poetas Cifuentes, Sepúlveda, Romeo Murga, Eusebio Ibar, Víctor Barberis, desaparecidos de la existencia, pero no de la poesía; las calles inquietas en que lo impresionante al atardecer era una súbita ráfaga, fragancia de madreselvas o de lilas. Aquellos amores gozosos, lancinantes y efímeros, todo esto condicionó mi existencia.

Nuestros pasos más serios iban hacia la Federación de Estudiantes de la calle Agustinas. Al pasar, a pocas puertas de ahí, en el umbral de la Federación Obrera, vi muchas veces en chaleco y en mangas de camisa, al hombre más importante de la clase obrera de este siglo: don Luis Emilio Recabarren.

Vayan estos recuerdos como un saludo en el acto inaugural del académico de 1973, que ustedes celebran en esta mañana. Y, naturalmente, porque ha cambiado todo y porque la transformación revolucionaria que encabeza el Presidente Allende es también acción del pueblo y de la Universidad, pienso que aquellos años son necesario antecedente de lo que hemos alcanzado y de lo que alcanzaremos: ante todo, el sentido de responsabilidad, de lucha, de firmeza hacia nuestros deberes y hacia la generosidad de la cultura, que abre ahora sus más grandes perspectivas históricas en nuestro país. Un fraternal saludo para el vicerrector Ruiz y para el profesor magistral Allende, como para todos ustedes, que son, a la vez, mis antiguos y nuevos compañeros». 

Pablo Neruda

jeudi 23 février 2023

ERNEST PIGNON-ERNEST : PAS DE MOTS DEVANT L'INTOLÉRABLE


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CHILI RÉSISTANCE 1977
ERNEST PIGNON-ERNEST 
Le plasticien Ernest Pignon-Ernest s'est rendu au Chili au début des années quatre-vingt. Repère : la figure de Pablo Neruda, le poète mort du fascisme. Il explique à l'Humanité sa colère devant l'incroyable décision des autorités britanniques et évoque son travail sur place avec les artistes chiliens, menacés par Pinochet et ses sbires.

Quelle est votre réaction devant l'attitude du gouvernement britannique?
PABLO NERUDA,
ERNEST PIGNON-ERNEST 1981
L'intolérable se mesure par rapport à nos propres repères. Regardez tout ce qui s'est passé avec Papon, qui était, si l'on peut dire, un " petit " dans le processus mis en place par les nazis. C'est un peu comme si on disait que Hitler où Pétain pouvaient être libérés. Il y a des responsabilités. Lorsque l'on pense à l'émotion qui a saisi - à juste titre - l'opinion française lors de l'affaire Papon, on se dit que c'est intolérable et insupportable. On se demande quelles sont les pressions qui ont pu être exercées.

Je songe à mon séjour au Chili, au début des années quatre-vingt, alors que Pinochet était en place : c'était la terreur, la crainte, la peur permanente. Et puis, aussi, ce désespoir permanent des gens qui avaient des proches ou des amis disparus. C'est insupportable. Je ne trouve pas les mots pour dire combien je trouve cela scandaleux.

Ne pensez-vous pas que le gouvernement français devrait réagir ?

Oui. Le gouvernement devrait réagir. Il y a aussi des Français qui sont morts ou qui ont disparu au Chili. De toute manière, ça dépasse les questions de frontières. On parle à tout le temps du droit d'ingérence, on y est !

Vous étiez au Chili au début des années quatre-vingt. Comment s'est passée votre intervention là-bas ?

J'y suis allé à la demande d'amis chiliens, en exil en France. Ils avaient le sentiment, en appelant leurs camarades au Chili qu'il y avait un grand désarroi. Tout était désorganisé, les collectifs ne fonctionnaient plus. Ceux qui étaient sur place se sentaient perdus, isolés. Jose Balmes m'a alors suggéré de me rendre dans le pays et de prendre contact avec un certain nombre d'artistes qui s'étaient séparés parce que le fascisme crée une suspicion terrible. On pense aux pièces de Brecht. Les gens avaient peur les uns des autres. J'ai alors esquissé l'idée de réaliser, collectivement, une image, celle de l'image du Chili à ce moment-là. Il n'y avait pas de graffitis dans les rues, pas plus que d'affiches. Le dénominateur commun, c'était une évidence, était Neruda, qui incarnait le Chili. J'ai alors travaillé sur une image du poète. C'était de la sérigraphie et on a ainsi pu réunir des gens et impulser une dynamique assez extraordinaire. Près de cinquante artistes sont passés dans l'atelier mais il y avait tout de même des méfiances. Brunioli me disait toujours : " c'est évident qu'il y a un flic dans le groupe ", mais on n'arrivait jamais à savoir qui c'était. Il y avait tout le temps cette pression, cette peur permanente, quand on sortait. C'est ce que j'ai senti de plus terrible.

On a don fait cette image de Pablo Neruda. L'idée était de le faire comme un drapeau, une incarnation du Chili. On l'a représenté avec un poncho, l'habit populaire, qui permettait de faire une grande surface sur le corps de Neruda. Chacun intervenait alors sur ce poncho : des paysages du Chili, des manifestations, des poèmes. Il incarnait vraiment la résistance, le pays en lutte. À travers l'image que j'avais réalisée, il y avait une rencontre. On en a imprimé près de 500, envoyées à tous les groupes d'artistes, aux quatre coins du Chili.

Vous avez montré ce dessin à la veuve de Neruda ?

J'ai montré le dessin à Matilde. Une beauté grave, un peu comme Irène Papas. Je vais dans leur maison, chargée d'histoire, pillée au moment du coup d'État. Je déroule dessin sur une grande table. Elle reste silencieuse et me dit : " Pablo n'était jamais comme ça ". J'étais gêné. Elle se tait et ajoute : " Mais, vous avez raison. Maintenant il serait comme ça, grave et résolu. Avant il riait toujours. Même quand il a été expulsé de France, nous sommes montés dans le bateau à Cannes et il a offert du champagne pour tout le monde. Dans tout il voyait ce qu'il y avait de positif."

Entretien réalisé par


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ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE
D'ERNEST PIGNON-ERNEST
1942 - 23 février - 2023



mercredi 22 février 2023

RAÚL ZURITA ESCRIBE SOBRE «UN MILAGRO» LLAMADO PABLO NERUDA

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EL POETA CHILENO, RAÚL ZURITA, EN 2018. FOTO AGENCE OPALE / ALAMY

Raúl Zurita escribe sobre «un milagro» llamado Pablo Neruda / El autor chileno, uno de los más influentes de la poesía viva en español, celebra en un nuevo prólogo la maestría de su compatriota y premio Nobel en ‘Residencia en la tierra’

Son imágenes, alas soledades. Neruda: el último cabo de las palabras

Entre plumas que asustan, entre noches,

entre magnolias, entre telegramas,

entre el viento del Sur y el Oeste marino,

vienes volando.

(Alberto Rojas Giménez viene volando)

Es uno de los más prodigiosos poemas jamás escritos y el solo hecho de que él y el libro que lo contiene existan es un milagro. Más atrás, está la alucinante visión de un comienzo:

Como cenizas, como mares poblándose,

en la sumergida lentitud, en lo informe,

o como se oyen desde el alto de los caminos

cruzar las campanadas en cruz...


RAÚL ZURITA

PORTADA DE
 «RESIDENCIA EN LA TIERRA»

Es el inicio de “Galope muerto”, el primer poema de Residencia en la tierra, y el efecto es inmediato: alcanzamos a vislumbrar las trazas de un nuevo génesis: el tono, la textura de la imagen, su blancor, su inmensidad, y nuestra experiencia es nuevamente la de estar frente a un monumento imposible: nada de Residencia en la tierra estaba predicho. A diferencia de Borges, por ejemplo, cuya obra, superlativa sin duda, está de una u otra forma contenida dentro del horizonte especulativo de un mundo que ha creado la teoría de la relatividad y las geometrías multidimensionales, por lo que no es inverosímil deducir, borgeanamente, que si este no hubiese escrito “Las ruinas circulares” o “El Aleph”, alguien, otro Borges, lo habría hecho; nada, absolutamente nada había en una cultura ni en una historia ni en una lengua que hiciese presagiar que ese conjunto de poemas que van desde “Galope muerto” hasta “Josie Bliss”, que cierra el segundo volumen de Residencia, pudiera ser escrito, pero fue escrito. Es decir, fue escrita la letanía inmortal de Alberto Rojas, fue escrito como un naufragio hacia adentro nos morimos, de “Solo la muerte”, fue escrita el agua de origen y cenizas de “Walking around”. Fue escrita la luminosidad instantánea de un nuevo nacimiento junto a la oscuridad informe e incancelable de una nueva muerte.

Como se sabe, los poemas de las dos Residencias fueron compuestos entre 1925 y 1935, y fundamentalmente mientras Neruda se desempeñaba como cónsul en el oriente, en Rangoon primero, luego en Colombo y en Batavia, la actual Yakarta, período que todos sus estudiosos coinciden en señalar como clave para su obra y su vida. La afirmación es indiscutible y al mismo tiempo vacía; las circunstancias biográficas informan de un punto blanco de la escritura, pero no dan cuenta de su sombra, esa rectificación central de los datos que ejecuta el arte sobre la vida y que es exactamente lo que llamamos Rimbaud, Whitman, Borges, Neruda. Pero incluso más allá de ello, hay algo que sucede específicamente con la poesía, algo que no ha sido aún formulado y que la hace profundamente refractaria al vicio de las interpretaciones. Paralelos al mundo, los grandes poemas representan el último límite del lenguaje, no hay nada más allá, y por ende son en sí la interpretación final, el último cabo de las palabras.

« No es inverosímil deducir, borgeanamente, que si Borges no hubiese escrito “Las ruinas circulares” o “El Aleph”, alguien, otro Borges, lo habría hecho; nada, absolutamente nada había que hiciese presagiar que ese conjunto de poemas que van desde “Galope muerto” hasta “Josie Bliss” pudiera ser escrito »

No hay otro diálogo con la poesía que no sea el de la emoción y la inferencia (pero esa emoción y esa inferencia han levantado naciones, han creado pueblos, han anunciado los interminables Apocalipsis). Podemos imaginar entonces los paisajes y los escenarios de las Residencias; esas cenizas, esos mares poblándose y frente a ellos a un ser aún sin nombre que en un instante, al ver las rompientes barrer una y otra vez la playa desierta, comprende de golpe que ellas continuarán estando allí, levantándose y cayendo interminablemente, pero que hay un amanecer en que él ya no las verá y hace el más trascendental de los descubrimientos, aquel que está inserto en cada partícula de lo que somos (en estos dedos que teclean dificultosamente, en las canciones que pongo en la madrugada para evitar la angustia, en mi escepticismo, en tu sed María): descubre la muerte, e inmediatamente después descubre el lenguaje, que es, antes que nada, el conjuro que los seres humanos lanzan frente al hecho absoluto, incomprensible, aterrorizante, de que debemos morir. El primero de esos conjuros es lo que llamamos el poema.

Es el hecho poético central y la aparente extrañeza de la geografía nerudiana, sus catres que flotan, sus tiendas de ortopedias, son los conjuros que el lenguaje le arroja a la muerte para posponerla y en ese enfrentamiento radical, irrecusable, se movilizan todas las esferas de la existencia. Somos hijos de esa confrontación, somos hijos de la muerte y del poema. Tendidos entonces entre la muerte y la vida, los poemas de las Residencias nos hacen ver que en esa lucha titánica, devastadora, inacabable que libran entre ellos esos dos hermanos gemelos, el lenguaje y la muerte, la historia de la poesía es la historia eternamente derrotada y eternamente renovada de los conjuros con que el lenguaje trata de posponer el deber de morir.

PABLO NERUDA, PREMIO NOBEL DE LITERATURA EN 1971,
EN PRAGA, EN UNA FOTOGRAFÍA CIRCA 1949.
FOTO CTK / ALAMY

Los poemas de Residencia en la tierra, en su pasmosa particularidad, en su registro único, en su fidelidad a los sonidos que efectivamente Neruda escuchaba, se funden con las palabras de nuestra vida, dándole a la lengua que hablamos, a aquella lengua para nosotros datada, la posibilidad simbólica de un nuevo inicio. De una nueva alternancia donde los seres y sombras que hablan en estos poemas, en sus jergas de muertos, en sus campanas sin sonido, en sus océanos de origen y cenizas, son a su vez los miles y millones de fragmentos de experiencias, de fracasos, de erotizaciones, de mujeres orinando y de funcionarios menores que transitan por las calles de Rangoon y otros que deambulan entre sastrerías y ropas tendidas, herméticos como un cisne de fieltro, los que sumándose uno a uno van conformando la humanidad que habita en las Residencias. No es una voz, es ese compendio gelatinoso, casi infinito, de sangre, nervios, cultura, sueños, recuerdos, inesperados heroísmos, defecaciones y esperanzas que desaguan en el lenguaje, lo que comparece en esta síntesis que señala a la vez los límites infranqueables de un vacío. Neruda es Neruda porque es la humanidad entera, la humanidad entera es la humanidad entera porque es un vacío, Neruda es la humanidad entera porque es el vacío que la muerte va dejando en las palabras:

Pero la muerte va también por el mundo vestida de escoba,

lame el suelo buscando difuntos,

la muerte está en la escoba,

es la lengua de la muerte buscando muertos,

es la aguja de la muerte buscando hilo.

Instalado en el corazón de la lengua solo Pablo Neruda, vale decir, solo esa cifra, ese tiempo que llamamos hoy Pablo Neruda, pudo escribir Residencia en la tierra, pero pudo hacerlo porque sus lectores son seres heridos, sangrantes, que van siguiendo en las líneas de estos poemas las estaciones de su sangre y de su muerte. Residimos en la tierra, vale decir, residimos en la verdad desnuda de esta escritura, no en su retórica, sino en ese laconismo esencial que tiene lo irremediable: somos seres muertos prestados por un segundo a la vida, vivimos, morimos, y es esa condición extrema y paradojal lo que nos reiteran una y otra vez las obras cumbres: la Comedia de Dante, el Quijote, Shakespeare, Dostoievski, Whitman, Rimbaud, los Cantares de Pound, la Residencia en la tierra, el Canto general de Neruda. En otras palabras, lo que estas obras nos muestran es que no somos habitados solo por nuestros sueños, tal como no somos castigados solo por nuestros crímenes.

En un mundo que ha multiplicado al infinito el presente de Troya, y que tiene al planeta al borde del colapso, lo real, lo pavorosamente real es el vacío que dejan las palabras una vez pronunciadas

Detrás de “Solo la muerte” no hay nada más que la muerte. Condenados a no olvidar (la destrucción de Troya no sucedió, está sucediendo y Homero no es sino la ondulación de su devenir), hurgamos en ese pasado sin tiempo donde la inmensa fantasmagoría que sobrevuela Alberto Rojas Giménez, esos “mares sin nadie”, esos “solo entre muertos”, esos “para siempre solo”, vienen volando sin sombra y sin nombre, sin azúcar, sin boca, sin rosales. Más aún, es como si esos entes abstractos, muertos, transformados en conceptos en ese presente perpetuo que constituye la poesía, hicieran que ella sea la última interpretación, mostrándonos de paso que lo humano (insisto en llamar así a ese mar, a ese desborde) no solo no es el dueño de la lengua que habla, sino que, al contrario, está apresado en una invención de las palabras. En un mundo que ha multiplicado al infinito el presente de Troya, y que tiene al planeta al borde del colapso, lo real, lo pavorosamente real es el vacío que dejan las palabras una vez pronunciadas, el manchón negro que dejan las palabras una vez escritas, el ruido infernal de los bombardeos, de las masacres, de los millones de emigrantes muriéndose en las fronteras que dejan las palabras una vez escuchadas...

Entendemos entonces que la poesía no es el confesionario del yo, es el confesionario de los otros.

Alberto Rojas Giménez viene volando. Son imágenes, alas, soledades…

Allí está el mar. Bajo de noche y te oigo

venir volando bajo el mar sin nadie,

bajo el mar que me habita, oscurecido:

vienes volando.

Oigo tus alas y tu lento vuelo,

y el agua de los muertos me golpea

como palomas ciegas y mojadas:

vienes volando.

Vienes volando, solo, solitario,

solo entre muertos, para siempre solo,

vienes volando sin sombra y sin nombre,

sin azúcar, sin boca, sin rosales,

vienes volando.

Son imágenes. Es un tono, un timbre, un temblor. Anclado en un tiempo indiscernible, un ser aún sin nombre comprende que las estrellas que había visto hace un instante son la máxima refutación del tiempo y de la historia.

Raúl Zurita. Ospedale Maggiore, Milán, 16 de julio de 2019.

Este texto es el prólogo a la nueva edición de ‘Residencia en la tierra’ que la editorial Lumen publica este jueves.


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mercredi 25 janvier 2023

MORT DE PACO URIZ TRADUCTEUR ET AMI DE PABLO NERUDA

 


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L'HOMME DE LETTRES ESPAGNOL PACO URIZ EST MORT À 90 ANS 
PHOTO EL PERIÓDICO

 MORT DE PACO URIZ
23 décembre 1932 10 janvier 2023
Francisco Javier Uriz Echeverría, dit Paco Uriz, fut professeur, poète, dramaturge et traducteur espagnol né à Saragosse en Espagne, le 23 décembre 1932 et mort le 10 janvier 2023 dans la même ville.

Paco Uriz fut diplômé en droit, professeur de langue espagnole, poète, dramaturge et traducteur d'auteurs renommés comme Johan August Strindberg et d'autres moins connus en dehors de la Scandinavie.

PACO URIZ, NERUDA, MAX VON SYDOW ET L'ACTRICE ULLA SJÖBLAR,
LORS DE LA RÉPÉTITION POUR LE RÉCITAL SUÉDOIS DES
POÈMES DU PRIX NOBEL. STOCKHOLM, DÉCEMBRE 1971.

Il a vécu trente ans à Stockholm et il est co-fondateur de « La Casa del Traductor de Tarazona ». En 1996, il a reçu le Prix national de traduction pour l'anthologie de la poésie nordique, traduit conjointement avec José Antonio Fernández Romero. Il a traduit du suédois vers l'espagnol et, en collaboration avec des traducteurs suédois, des œuvres espagnoles du théâtre espagnol et ibéro-américain vers le suédois.

Avec l'aide du poète suédois Artur Lundkvist, il a traduit des œuvres de poètes espagnols et latino-américains tels que J. L. Borges, C. Vallejo, A. Hidalgo, Pablo Neruda, Blas de Otero, Miguel Hernandez, Federico Garcia Lorca, Rafael Alberti et Julio Cortazar, entre autres.

En 2012, il a reçu le Prix national du travail de traducteur en reconnaissance pour l'ensemble de son œuvre et de sa carrière.