Diaporama de Pablo Neruda.
Traitement des images, restauration, Guy Desmurs

Citation de Pablo Neruda

vendredi 16 novembre 2007

Silence je vous prie

Désormais me laisser tranquille


Désormais s'habituer à mon absence


Je vais fermer les yeux


Je ne veux que cinq choses

Cinq racines préférées


L'une est l'amour sans fin



La seconde est voir l'automne

Je ne puis être sans que les feuilles

Volent et retournent à la terre


La troisième est le grave hiver

La pluie que j'ai aimée, la caresse

Du feu dans le froid sylvestre


En quatrième lieu l'été

Rond comme une pastèque


La cinquième chose, tes yeux Matilde mienne, bien aimée

Je ne veux pas dormir sans tes yeux

Je ne veux pas être sans ton regard

J’échange le printemps

Pour que tu continues à me regarder



Amis voici ce que je veux

C'est presque rien et presque tout


Maintenant si vous le voulez partez


J'ai tant vécu qu'un jour

Vous devrez m'oublier de force

En m'effaçant de l'ardoise :

Mon coeur fut interminable



Mais si je réclame le silence

Ne croyez pas que je vais mourir

C’est tout le contraire qui m’arrive

Il s’avère que je vais vivre


Il s’avère que je suis et continue


Il n’y a rien, si ce n’est qu’au dedans

De moi pousseront les céréales

D'abord les grains qui rompent

La terre pour voir la lumière


Mais la mère terre est obscure

Et au fond de moi je suis obscur :

Je suis comme un puits dont les eaux

recueillent de la nuit les étoiles

Pour qu’elle vaque seule à travers le champ


J'ai tant vécu c'est la question

Que je voudrais vivre à nouveau


Je ne me suis jamais senti aussi sonore,

Je n'ai jamais eu autant de baisers


Maintenant comme toujours il est tôt

La lumière vole avec ses abeilles

Me laisser seul avec le jour

Je demande la permission de naître

Vaguedivague, 1958, Traduction de Mélina Cariz


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