Citation de Pablo Neruda

samedi 20 septembre 2008

VERS LA FIN DU MYSTÈRE TRAGIQUE LORCA?

c'est en tout cas le lieu généralement admis de sa sépulture depuis la publication en 1971 de la biographie la plus complète qui lui ait été consacrée. L'auteur, Ian Gibson, se fonde sur les confidences d'un habitant du coin, Manuel Castilla. Adolescent, ce dernier avait été chargé de faire disparaître les corps de quatre fusillés, à l'aube du 19 août 1936. A quelques mètres près, il a désigné le ravin où il avait enterré à la va-vite, dans le même trou que le célèbre dramaturge, Dioscoro Galindo, le maître d'école d'un village voisin, le plombier Francisco Galadi et un banderillero anarchiste, Joaquin Arcollas.

Depuis, le lopin de terre est devenu le parc Federico-Garcia-Lorca, un lieu de recueillement, symbole des atrocités accomplies dans les semaines qui ont suivi le coup d'Etat franquiste du 18 juillet 1936.

Mais faut-il se fier au témoignage du petit fossoyeur, qui est l'unique indice de la présence du poète à cet endroit ? Lorsqu'il a été question, pour la première fois, d'ouvrir la fosse dans la perspective du 70e anniversaire du tragique événement, les six descendants encore vivants de Lorca s'y étaient opposés. Inutile, voire dangereux, selon eux. "Exhumer les cadavres de personnes déjà identifiées, enterrées ensuite dans des fosses communes et dont on connaît les circonstances de la mort ne pourrait que fausser l'histoire", écrivaient-ils dans une lettre commune en 2003.

Depuis quelques jours, le juge Baltasar Garzon, de l'Audience nationale, la plus haute autorité pénale du pays, a sur son bureau une requête en bonne et due forme pour l'exploration de la fosse. Nieves Galindo, la petite-fille de l'instituteur, et un parent de Francisco Galadi (le dernier supplicié, Joaquin Arcollas, est mort sans descendance) se sont rendus, vendredi 12 septembre, à Madrid, pour remettre au magistrat les documents préparés par l'Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) de Grenade. "A partir d'aujourd'hui, le silence de la famille Lorca doit cesser de prévaloir", a averti Nieves Galindo, avant de pénétrer dans les locaux de l'Audience nationale.

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La femme, souriante et déterminée, a apporté de vieilles photos de ce grand-père sans opinions politiques franchement marquées, "vraisemblablement tué pour une vieille rancune". Elle a conservé la montre de gousset qu'il a laissée sur la table de la cuisine lorsque les phalangistes sont venus le chercher. Elle raconte comment son père, Antonio, âgé alors de 27 ans, tenta de suivre le camion sur son vélo, et pourquoi elle s'est aujourd'hui assigné la mission de donner à l'aïeul "une sépulture digne".

C'est un dossier de plus pour le juge Garzon, sollicité depuis des mois par de nombreuses familles désireuses de faire la lumière sur les disparitions de leurs proches pendant la guerre civile et le franquisme. Dès le 25 juin, le magistrat avait accepté d'étudier les plaintes déposées par plusieurs associations de victimes du franquisme concernant quelque 1 200 cas documentés de disparitions. Il a franchi un pas supplémentaire le 1er septembre (Le Monde du 5 septembre) en demandant à plusieurs administrations ainsi qu'à l'Eglise catholique espagnole d'ouvrir leurs archives, afin de dresser un véritable recensement des 30 000 disparus du franquisme.

La démarche, considérée comme "historique" par les associations de victimes, pourrait déboucher sur l'ouverture d'une enquête pénale à grande échelle. "J'ai mis tous mes espoirs dans cette initiative du juge Garzon, confie Nieves Galindo. C'est pour moi la seule issue." Le cas de la tombe de Federico Garcia Lorca est unique, en raison de la personnalité du poète et de la fascination qu'il exerce encore chez les Espagnols, mais il ne diffère guère des dizaines de fosses déjà ouvertes à travers l'Espagne. A chaque fois affleurent les mêmes interrogations sur l'utilité d'exhumer ce passé si lointain, si proche.

Cette fois-ci, la famille du poète ne fera pas obstacle si Baltasar Garzon décide l'exhumation. "Nous ne l'empêcherons pas, a déclaré la nièce de l'écrivain, Laura Garcia Lorca, au quotidien El Pais, jeudi 18 septembre. Même si nous aimerions que cela ne se fasse pas, nous respectons le désir des autres parties impliquées. "

Les neveux du poète andalou nuancent leur attitude, mais restent partisans de ne pas déterrer le mythe qui a fait de l'intellectuel le symbole de la répression franquiste. Ian Gibson, en revanche, veut savoir où est "réellement" le corps et si, comme il le pense, il a été torturé avant son exécution. C'est "l'obsession de toute (sa) vie", avoue-t-il. Voilà pourquoi l'historien madrilène d'origine irlandaise accompagnait l'autre jour Nieves Galindo dans sa démarche. Le dossier remis au juge Garzon contredit pourtant ses travaux sur l'emplacement de la tombe.

Pour le responsable de l'Association pour la récupération de la mémoire historique de Grenade, Francisco Gonzales, les corps des quatre hommes pourraient être enterrés à 430 mètres à vol d'oiseau. A l'appui de cette seconde hypothèse, il produit plusieurs témoignages, dont celui d'un cuisinier qui vivait là, dans une grande bâtisse reconvertie pendant la guerre civile en centre de torture. C'est à cet endroit que les quatre victimes d'assassinat du 18 août 1936 auraient vécu leurs dernières heures, avant d'être passées par les armes et jetées en terre.

Ce cas très médiatique peut-il servir au travail de vérité que diverses associations et des familles demandent aujourd'hui au juge Baltasar Garzon ? "Mille versions circulent sur l'assassinat de Lorca et sur le lieu où il est enterré, s'agace Ian Gibson. Ce n'est bon pour personne." Laura Garcia Lorca considère au contraire que l'on sait l'essentiel. La porte-parole de la famille redoute qu'une exhumation "tourne au spectacle". Surtout, elle refuse que le cas de son aïeul soit désolidarisé des centaines d'autres suppliciés enterrés dans ce coin de la campagne andalouse. "Ils reposent tous dans un cimetière commun, tous ont été victimes du même assassinat sauvage et cruel, estime-t-elle. Ce ravin est sa tombe définitive, en leur compagnie."
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FEDERICO GARCÍA LORCA ET SALVADOR DALÍ 
À FIGUERAS. PHOTO EFE
Pourquoi et comment est mort Federico Garcia Lorca ? A-t-il été massacré à cause de ses vers au vitriol contre la Garde civile ou bien pour son homosexualité revendiquée, ou encore en raison de jalousies provoquées par ses succès littéraires ? Sûrement a-t-il été victime d'une "conjuration des haines les plus noires" dans "le chaos qui régnait à Grenade au lendemain du soulèvement militaire, cette orgie de sang exaspérée par la peur, attisée par une soif de vengeance au sens propre démente", comme l'écrit Michel Del Castillo dans son Dictionnaire amoureux de l'Espagne (Plon, 410 pages, 22 euros).

Pour Francisco Gonzales, de l'ARMH, le poète ne doit pas rester un mort anonyme du franquisme : "Ses restes devraient être inscrits au patrimoine de l'humanité afin que chacun puisse les revendiquer."

Jean-Jacques Bozonnet

vendredi 5 septembre 2008

PRÉSENTATION

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FIGURE DE PROUE DE LA 
COLLECTION DE PABLO NERUDA 
L
PHOTO MARIA VÁSQUEZ
es classiques, ironisait Oscar Wilde, sont des auteurs dont to
ut le monde parle mais que plus personne ne lit. Nous vous proposons de redécouvrir Pablo Neruda, ses poèmes, ses combats, son époque, sa vie. 

En un mot, nous voulons faire descendre Neruda de son piédestal, afin de vous le rendre plus proche, plus familier, plus vivant.

En 2004, on fêtait le centenaire de la naissance du poète avec l'activité «Neruda Centenario». Ce blog s'inscrit dans la continuité de celle-ci. Son but est de mieux faire connaître l’œuvre et la vie du poète chilien auprès du public francophone.

Promenade imaginaire, vous tombez sur une affiche, un livre ou sur le nouvel album de votre groupe favori. Nous vous invitons à faire une promenade analogue, virtuelle, à travers l'œuvre nérudienne. Alors suivez les liens avec un clic de souris...

Bonne promenade

lundi 7 juillet 2008

DES POÈMES INÉDITS DE PABLO NERUDA DÉCOUVERTS AU CHILI

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Dans tes rêves
naissent les
ailes azur
que je garde
dans
ce
livre
perdu
Je collectionne
tes
larmes.
Intitulé "Album de Isla Negra", ce recueil date de 1969 et est dédié à Alicia Urrutia, une nièce de l'épouse du poète Matilde Urrutia, qui vivait et aidait à l'époque dans la maison du couple dans la station balnéaire d'Isla Negra, sur la côte centrale du Chili.

Les poèmes sont écrits avec l'encre verte typique que Neruda utilisait pour ses textes, ce qui exclut toute possibilité de falsification, a affirmé au Mercurio l'avocat Nurieldin Hermosilla qui possède déjà une vaste collection des oeuvres du poète chilien et dit avoir acquis le recueil inédit à travers un libraire.
En outre, le P de Pablo est très particulier dans les manuscrits de Neruda et "très difficile" à imiter, explique le collectionneur. Celui du recueil "correspond en tout" à la signature du poète, ajoute-t-il.

Cet album est "une preuve directe et définitive, par la plume du poète, de son amour pour Alicia", affirme encore M. Hermosilla qui dit avoir payé pour le recueil "une très grande somme", sans vouloir la préciser.

Des biographes de Neruda ont déjà signalé qu'Alicia Urrutia était la maîtresse du poète pendant les dernières années de sa vie. Selon El Mercurio, elle vit toujours et réside à Arica, ville de l'extrême nord du pays.

Le prix Nobel de littérature 1971 est mort à l'âge de 69 ans en septembre 1973, quelques jours après le coup d'Etat du général Augusto Pinochet. Ses restes reposent à Isla Negra.

L'"Album de Isla Negra" ne fait peut-être pas partie des chefs-d'oeuvre du poète mais il a une tonalité "douce, suave, et parfois tragiquement triste", note M. Hermosilla.

DES POÈMES INÉDITS DE PABLO NERUDA DÉCOUVERTS AU CHILI

L'avocat Nurieldin Hermosilla
Un recueil de brefs poèmes inédits du prix Nobel de littérature chilien Pablo Neruda a été découvert récemment au Chili par un collectionneur, a rapporté dimanche le quotidien chilien El Mercurio.

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Dans tes rêves
naissent les
ailes azur
que je garde
dans
ce
livre
perdu
Je collectionne
tes
larmes.
Intitulé "Album de Isla Negra", ce recueil date de 1969 et est dédié à Alicia Urrutia, une nièce de l'épouse du poète Matilde Urrutia, qui vivait et aidait à l'époque dans la maison du couple dans la station balnéaire d'Isla Negra, sur la côte centrale du Chili.

Les poèmes sont écrits avec l'encre verte typique que Neruda utilisait pour ses textes, ce qui exclut toute possibilité de falsification, a affirmé au Mercurio l'avocat Nurieldin Hermosilla qui possède déjà une vaste collection des oeuvres du poète chilien et dit avoir acquis le recueil inédit à travers un libraire.

En outre, le P de Pablo est très particulier dans les manuscrits de Neruda et "très difficile" à imiter, explique le collectionneur. Celui du recueil "correspond en tout" à la signature du poète, ajoute-t-il.

Cet album est "une preuve directe et définitive, par la plume du poète, de son amour pour Alicia", affirme encore M. Hermosilla qui dit avoir payé pour le recueil "une très grande somme", sans vouloir la préciser.

Des biographes de Neruda ont déjà signalé qu'Alicia Urrutia était la maîtresse du poète pendant les dernières années de sa vie. Selon El Mercurio, elle vit toujours et réside à Arica, ville de l'extrême nord du pays.

Le prix Nobel de littérature 1971 est mort à l'âge de 69 ans en septembre 1973, quelques jours après le coup d'Etat du général Augusto Pinochet. Ses restes reposent à Isla Negra.

L'"Album de Isla Negra" ne fait peut-être pas partie des chefs-d'oeuvre du poète mais il a une tonalité "douce, suave, et parfois tragiquement triste", note M. Hermosilla.

samedi 24 mai 2008

TOROS

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LIVRE « TOROS » 
POÈMES DE PABLO NERUDA,
TRADUIT PAR JEAN MARCENAC,
ILLUSTRÉ PAR PABLO PICASSO




I
Entre les eaux, les eaux du Nord, les eaux du Sud,
l’Espagne était sèche.
Assoiffée, dévorée, tendue comme un tambour,
sèche comme la lune était l’Espagne,
et vite, qu’on arrose avant que cela brûle.
Tout était ocre par avance,
d’un ocre vieux et piétiné,
tout par avance était de terre,
les yeux même manquaient de larme pour pleurer,
(bientôt viendra le temps des pleurs).
De toute éternité pas une goutte de temps.
Mille ans déjà, mille ans sans pluie
et la terre se fissurait
et là, dans les fissures, les morts :
chaque fissure avait sa mort
et il ne pleuvait pas,
pas plus qu’il ne pleuvait.

II

Alors ce fut le sacrifice du taureau.
D’un coup jaillit une lumière rouge
ainsi qu’un couteau d’assassin,
la lumière éparse depuis Alicante,
et qui s’acharnait à Somosierra.
Les coupoles étaient comme des géraniums.
Tous regardaient, tous attendaient.
Qu’y a-t-il donc? Demandaient-ils.
Et au milieu de la peur
entre murmure et silence
quelqu’un a dit :
« Je sais. C’est la lumière du taureau. »

III

Ils ont habillé un paysan pâle
de bleu et de feu, des cendres de l’ambre,
de langues d’argent, de nuée vermeilles,
et d’yeux d’émeraude, de queues de saphir.
L’être pâle va contre la colère.
Il avance, le pauvre habillé de riche, pour tuer,
habillé d’éclairs, pour mourir

IV

Et voilà qu’est tombé la première gouttes de sang
et qu’elle a fleuri:
la terre a reçu le sang et l’a digéré
comme une bête terrible et secrète impossible à rassasier.
Ce n’est plus l’eau qu’elle réclame,
la soif a changé de nom
et tout s’est teinté de rouge
et s’incendient les cathédrale
et scintillent les rubis dans Gongora.
Arènes d’un rouge d’œillet,
en silence et furieux s’y multiplie le rite.
Le sang court, renversé, remontant vers sa source.
Ainsi en est-il, ainsi en est-il du cérémonial :
l’homme pâle, l’ombre écrasante
de la bête et le jeu
Entre la mort et la vie sans la lumière sanglante.

V

C’est entre tous qu’on l’a élu, le massif,
la pureté bouclée de vagues de fraîcheur,
la bestiale pureté, le taureau d’herbe,
familier de l’âpre rosée
et la lune l’a désigné dans la manade.
Comme on choisit un lent cacique il fut choisi.
Le voici, montagneux, essentiel et ses yeux
sous la demi-lune des cornes aiguës
ne savent pas, ne savent pas si le nouveau silence
qui le couvre est un manteau génital de délices
ou bien ombre éternelle et bouche de la catastrophe.
Mais voici à la fin de lumière
qui s’ouvre comme une porte.
Il pénètre un éclat plus dur que la douleur,
un bruit nouveau comme des sacs de pierre que l’on traîne,
dans l’arène infinie aux yeux sacerdotaux
un condamné à mort vêtu pour la rencontre
de son propre frisson de peur et de turquoise,
Un habit d’arc-en-ciel et une pauvre épée.

VI

Une pauvre petite épée avec son habit,
une pauvre petite mort avec son homme,
en pleine arène, sous l’orange implacable
du soleil, face aux yeux qui ne regardent pas.
Dans l’arène, égaré comme qui vient de naître,
il prépare sa longue danse, sa géométrie.
Et puis comme l’ombre et comme la mer
se déchaînent les pas et la colère du taureau
(car il le sait, il n’est plus rien, sinon sa force)
et le pâle pantin se transforme en raison,
sans sa parure d’or l’intelligence cherche
comment danser, comment blesser.
Il faut qu’il la danse sa mort, le soldat de soie.
S’il y échappe on l’invitera au Palais.
Levant la coupe, il se souvient de son épée.
La nuit de peur brille à nouveau de ses étoiles.
La coupe est vide comme l’arène dans la nuit.
Et les seigneurs veulent toucher cette agonie.

VII

Lisse et la féminine comme le satin d’une amende
elle est faite de chair, faite d’or et de poil,
le corail et le miel concourent à son nu,
d’un bond l’homme et la faim vont dévorer la rose.
Oh fleur! La chair monte dans une vague,
la blancheur descend en cascades
et dans ce combat blanc le cavalier rendant les armes,
tombe à la fin couvert de chasteté fleurie.

VIII

Le cheval échappé du feu,
cheval de fumée,
il entre aux arènes, il va comme une ombre.
Comme une ombre attend le taureau,
Et le chevalier, lourd
insecte obscur,
dresse l’aiguillon sur le cheval noir
- luit la lance noire – il attaque,
saute,
il est ligoté par l’ombre et le sang.

IX

De l’ombre bestiale, suaves, sonnent les cornes.
En un rêve vide elles reviennent au pâturage amer.
Une goutte seule pénétra l’arène,
une goutte de taureau, une semence épaisse
et un autre sang, le sang du soldat pâle.
Une splendeur sans soie a traversé le crépuscule,
la nuit, le froid métallique de l’aube.
Tout était ordonné. Et tout est consumé.
D’un rouge d’incendie sont les tours de l’Espagne.

Poème de Pablo Neruda
Traduit par Jean Marcenac
 Au vent d'Arles,
Paris, 28 octobre 1960.


lundi 5 mai 2008

À MIGUEL HERNANDEZ, ASSASSINÉ DANS LES PRISONS DE D'ESPAGNE






Tu vins à moi. Tu arrivais droit du Levant.



Tu m'apportais,

ô chevrier, ton innocence pleine de rides,

la scolastique de vieilles pages, un doux relent

Fray Luis*, d'orangers en fleur, de fumier

brûlé sur les collines, et sur ton masque

la céréale aspérité de l'avoine fauchée,

un miel qui mesurait la terre avec les yeux.



Et ta bouche apportait aussi le rossignol.



Un rossignol taché d'oranges, le filet

d'un chant incorruptible, d'une force effeuillée.



Hélas ! dans la clarté on vit surgir la poudre et

l'on te vit porter rossignol et fusil sous la lune

et sous le soleil de la bataille.



Tu sais, Miguel, tout ce que j'ai pu faire, tu sais bien

que de toute la poésie tu étais pour moi le feu bleu.



Aujourd'hui contre terre je colle mon visage et j'écoute,

je t'écoute, musique, sang, rayon de ruche agonisant.



Je n'ai vu race plus éblouissante que la tienne,

ni racines plus dures, ni mains plus dures de soldat,

je n'ai rien vu de plus vivant que ton coeur quand

il brûla dans la pourpre de mon propre drapeau.



Jeune éternel, tu vis, comunero * d'antan,

inondé de germes de blé et de printemps,

plissé, obscur comme le métal né,

en attendant l'instant de lever ton armure.



Non, je ne suis pas seul depuis que tu es mort.



Je suis avec ceux qui te cherchent.



Avec ceux qui un jour arriveront pour te venger.



Tu reconnaîtras mes pas au milieu des pas qui, déferlant sur la poitrine de l'Espagne, écraseront Caïn pour qu'il nous rende les visages enterrés.



Que ceux qui t'ont tué sachent bien qu'ils le paieront avec leur sang.



Que ceux qui t'ont torturé sachent bien qu'un jour ils me verront.



Que ces maudits qui aujourd'hui incluent ton nom

dans leurs livres, les Damasos*, les Gerardos*, les fils

de chienne, silencieux complices du bourreau,

sachent bien qu'on n'effacera pas ton martyre, et

que ta mort

sur toute leur lune de lâches s'abattra.



Quant à ceux qui t'ont refusé sous leur laurier

pourri,

en terre américaine, l'espace que tu couvres

avec ta couronne fluviale d'éclair exsangue,

laisse-moi les plonger au dédain de l'oubli,

moi qu'ils ont voulu mutiler par ton absence.



Miguel, loin de la prison d'Osuna,

loin de la cruauté, Mao Tsé-toung dirige

ta poésie déchiquetée dans le combat

vers la victoire.



Et Prague qui s'affaire

construit la douce ruche que tu as chantée.



La verte Hongrie nettoie ses greniers

et danse au bord du fleuve éveillé de ses rêves.



De Varsovie monte, nue, la sirène

qui bâtit en montrant son épée cristalline.



Et au-delà, la terre se fait gigantesque,

la terre que ton chant

visita, et l'acier

qui défendit ta patrie sont bien à l'abri,

accrus grâce à la fermeté de Staline et des siens.



La lumière bientôt

abordera ton seuil.



Miguel d'Espagne, étoile

de terres dévastées, je ne t'oublie pas, non,

mon fils, je ne t'oublie pas ! Mais

la vie je l'ai apprise

avec ta mort : mes yeux se sont voilés à peine,

et au lieu du sanglot j'ai découvert en moi les

armes

inexorables !



Attends-les ! Attends-moi !

Pablo Neruda
Du Chant général, XII, Les Fleuves du Chant
Chant général, Traduction Claude Couffon
Gallimard, 2007


Notes :
* Fray Luis de León (1528-1591)* ComuneroOn entend par comunero toute personne ayant participé de façon plus ou moins active à la révolte des Communautés de Castille dans les années 1520-1521.Le mot comunero dérive du terme Comunidades (Communautés en castillan) qui apparaît pour la première fois dans une protestation écrite adressée au roi Charles Quint en raison du détournement des impôts de Castille par ce dernier.
* Dámaso Alonso (1898, Madrid-1990) est un poète espagnol de la Génération de 27.
* Gerardo Diego (1896, Santander - 8 juillet 1987, Madrid) est un poète espagnol. Il se rallia au franquisme.
MIGUEL HERNÁNDEZ À ORIHUELA 
(PROVINCE D'ALICANTE)




vendredi 18 avril 2008

MIGUEL HERNANDEZ PAR PABLO NERUDA

MIGUEL HERNANDEZ « EN ESPADRILLES ET PANTALON DE VELOURS CÔTELÉ DE PAYSAN DE SES TERRES D'ORIHUELA » DANS LA SIERRA DE ORIHUELA EN 1934. PHOTO ARCHIVE 


Je ne restai pas longtemps consul à Buenos Aires. Au début de l'année 1934, je fus nommé dans les mêmes fonctions à Barcelone. J'avais pour chef le consul général du Chili en Espagne, don Tulio Maqueira. Ce fut sans aucun doute le fonctionnaire le plus parfait du service consulaire chilien que j'aie connu. Un homme très strict et que l'on prétendait bourru, mais qui se montra à mon égard extraordinairement généreux, compréhensif et cordial.

Don Tulio Maqueira eut tôt fait de découvrir que je soustrayais et multipliais avec une grande fantaisie, et que je ne savais pas diviser (une opération que je n'ai jamais pu apprendre). Alors il me dit

- Pablo, vous devez aller vivre à Madrid. C'est là qu'est la poésie. Ici, à Barcelone, il y a ces terribles divisions et multiplications qui ne vous aiment pas. J'en ferai mon affaire.
À peine arrivé à Madrid, et devenu comme par enchantement consul du Chili dans la capitale espagnole, je connus tous les amis de Garcia Lorca et de Rafael Alberti. Ils étaient nombreux. Quelques jours plus tard, j'étais un poète de plus parmi les poètes espagnols. Ce qui ne nous empêchait pas, Espagnols et Américain, d'être différents. Cette différence, naturelle, entre nous, les uns l'affichent avec orgueil et les autres, par erreur.


Les Espagnols de ma génération étaient plus fraternels, plus solidaires et plus gais que mes compagnons d'Amérique latine. Pourtant, je pus constater en même temps que nous étions plus universels, plus au courant des langages et des cultures. Peu d'Espagnols parlaient une autre langue que la leur. Lorsque Desnos et Crevel vinrent à Madrid, je dus leur servir d'interprète pour qu'ils se comprennent avec les écrivains espagnols.

L'un des amis de Federico et de Rafael était le jeune poète Miguel Hernandez. Quand nous fîmes connaissance il arrivait en espadrilles et pantalon de velours côtelé de paysan de ses terres d'Orihuela, où il avait gardé les chèvres. Je publiai ses vers dans ma revue Cheval Vert; le scintillement et le brio de son abondante poésie m'enthousiasmaient.

Miguel Hernandez en Milicien

Miguel était si campagnard qu'il se déplaçait entouré d'un halo de terre. Il avait un visage de motte de glaise ou de pomme de terre qu'on arrache d'entre les racines et qui conserve une fraîcheur de sous-sol. Il vivait et écrivait chez moi. Ma poésie américaine, avec ses horizons nouveaux, ses plaines différentes, l'impressionna et le transforma.

Il me racontait des fables terrestres d'animaux et d'oiseaux. Cet écrivain sorti de la nature était comme une pierre intacte, avec une virginité de forêt, une force et une vitalité irrésistibles. Il m'expliquait combien il était impressionnant de coller son oreille contre le entre des chèvres endormies. On entendait ainsi le bruit du lait qui arrivait aux mamelles, la rumeur secrète que personne d'autre que lui, le poète-chevrier, n'avait pu surprendre.

D'autres fois il me parlait du chant du rossignol. Le Levant espagnol, son pays d'origine, était rempli d'orangers en fleur et de rossignols. Comme au Chili ce chahuteur sublime n'existe pas, ce fou de Miguel voulait recréer pour moi dans sa vie même l'harmonie de son c ri et son pouvoir. Il grimpait à un arbre de la rue et, du plus haut des branches, sifflait ou gazouillait comme ses chers oiseaux natals.

Il n'avait pas de ressources et je lui cherchai un emploi. Un poète avait du mal à trouver du travail en Espagne. Finalement un vicomte, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, s'intéressa à son cas et me répondit positivement; il était d'accord, il avait lu ses vers, il l'admirait, Miguel devait lui indiquer le poste qu'il désirait et il procéderait aussitôt à sa nomination. Tout joyeux, je dis au poète :

-Miguel, tu as enfin un destin. Le vicomte te case. Tu seras cadre supérieur. Dis-moi quel travail tu veux faire pour qu'on te signe ta nomination ?

Miguel resta pensif. Son visage aux grandes rides prématurées se couvrit d'un voile de cogitation. Les heures passèrent et sa réponse ne me parvint que dans l'après-midi. 
Ses yeux brillaient comme s'il avait trouvé la solution de sa vie :

-Le vicomte ne pourrait-il pas me confier un troupeau de chèvres, ici, près de Madrid?

Le souvenir de Miguel Hernandez ne peut se détacher des racines de mon cœur. Le chant des rossignols d'Orihuela, leurs tours sonores érigées dans la nuit parmi les fleurs d'oranger, étaient pour lui une présence obsédante et constituaient une part du matériel de son sang, de sa poésie terrestre et rustique, dans laquelle se fondaient tous les excès de la couleur, du parfum et de la voix du Levant espagnol, avec l'abondance et la bonne odeur d'une jeunesse puissante et virile.

Son visage était le visage de l'Espagne. Taillé par la lumière, ridé comme un champ labouré, avec ce petit côté de franche rudesse du pain et de la terre. Ses yeux brûlants, flambant sur cette surface grillée et durcie par le vent, étaient deux éclairs de force et de tendresse.

Et je vis sortir de ses paroles les éléments mêmes de la poésie, mais modifiés alors par une nouvelle grandeur, par un éclat sauvage, par le miracle du vieux sang transformé en descendance. J'affirme que dans ma vie de poète, et de poète errant, il ne m'a jamais été donné d'observer un phénomène semblable de vocation et d'électrique savoir verbal.


MIGUEL HERNANDEZ, page 176, J'avoue que j'ai vécu