Citation de Pablo Neruda

jeudi 17 janvier 2008

NERUDA ET SON ENFANT


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Photos © 2004 F Julsing
Malva Marina Reyes fut l'enfant unique du Prix Nobel de Littérature Pablo Neruda. Elle est née en Août de l'année 1934 à Madrid, ville où son père exerçait son activité diplomatique de consul chilien. On savait très peu de choses de cette fille, jusqu'à la découverte, en Avril 2004, de sa tombe dans l'ancien cimetière de la ville de Gouda, aux Pays-Bas...
Batavia (Java), Indonésie :

En 1930, le jeune poète Pablo Neruda arrive à Batavia pour occuper le poste de consul chilien. Il était parti en 1927 avec l'intention d'écrire tout en voyageant, et des hauts fonctionnaires, qui appréciaient ses débuts littéraires, réussirent à lui procurer l'occasion d'occuper cette mission diplomatique.

CARTE POSTAL DE LA RUE DALHOUSIE DANS
LES BEAUX QUARTIERS DE RANGOUN BIRMANIE


Birmanie


Le poète est en train d'écrire Residencia en la Tierra. Il écoute la musique de Paul Robeson, fréquente quelques amies qui vont trouver chez lui une sorte d'amant cultivé, un artiste libre et exotique de surcroît. Il essaie de faire connaître et de publier ses écrits. Suite à son intense activité épistolaire, il se convainc qu'aucune de ses deux amours chiliennes (Albertina Azócar et Laura Arrué, toutes deux ses muses de l'époque des célébrissimes Vingt Poèmes d'Amour) ne viendra l'accompagner dans son aventure d'exil volontaire. En décembre 1930, il se marie à Maryka Hagenaar, "une jeune hollandaise qui lui plaisait beaucoup". Mademoiselle Hagenaar était employée dans une banque. Une photo des mariés devant leur maison est envoyée par Neruda pour annoncer la nouvelle; on peut découvrir une grande femme, élégante et belle.


Le couple, d'après quelques correspondances, s'occupe correctement des fonctions normales de sa charge et le reste du temps mène une vie assez simple. Neruda commence à s'intéresser à la peinture surréaliste. Il aime aussi écouter la musique qui vient des maisons alentour, c'est-à-dire de la musique traditionnelle indonésienne. Neruda et Maryka font des promenades, regardent les paysages.

La Grande Crise contraint le gouvernement chilien à réduire ses dépenses. C'est ainsi que Neruda verra son salaire diminué, puis son poste supprimé. Le couple est obligé de partir pour le Chili. Ce fut un voyage pénible.

Santiago, Chili :

En Avril 1932, le couple arrive à Puerto Montt, dans le sud du Chili, et rend visite à la famille à Temuco. Neruda, sans emploi et sans ressources, est reçu avec froideur, comme souvent par le passé. A Santiago, en revanche, tous les amis sont là pour réintroduire le poète dans la vie culturelle et artistique. Maruca (prénom de Maryka chilennisé par Neruda) paraît se désintéresser du genre d'activités qui prennent tellement de place dans la vie de son mari. Toutefois, elle suit avec attention l'écriture de Neruda et participe aux récitals de poésie. Leur situation financière devient mauvaise, le Ministère des Affaires étrangères octroyant un salaire très bas à Neruda pour un petit travail à la bibliothèque. Par contre, plusieurs éditions de ses poèmes confirment le talent de l'écrivain et la reconnaissance d'une grande partie des créateurs et d'une partie de la critique. Des changements politiques au Chili permettent à Neruda de retourner à sa carrière diplomatique. Des témoignages diront que le poète, jadis sombre, mélancolique et réservé, est devenu jovial et rieur, sa femme est restée un peu lointaine pour les observateurs ; mais, en considérant ses lettres, il se peut qu'elle maniait bien plus la langue espagnole que ne le croyaient leurs amis.

Pablo Neruda et Federico García Lorca à Buenos Aires.

Buenos Aires, Argentine :

En Août 1933, le couple arrive à Buenos Aires. Cette fois, la vie à l'étranger sera très différente de celle de l'Extrême-Orient: reconnu par les artistes en Argentine et invité à toutes sortes d'évènements créatifs, Neruda se place à l'avant-garde de l'activité artistique. C'est là qu'il fera une rencontre capitale pour le développement du reste de son oeuvre ainsi que de sa trajectoire idéologique: Federico García Lorca devient un ami proche et un véritable compagnon dans l'art. À cette époque, Neruda continue d'écrire sous l'influence manifeste du surréalisme. À la fin de l'année ou au début de1934, Maruca se trouve enceinte. María Luisa Bombal, qui a trouvé refuge chez les Neruda, raconte le peu d'intérêt de Maruca pour les réunions et les fêtes des artistes amis. C'est elle, Bombal, qui doit accompagner Neruda dans des soirées interminables. Son roman La Ultima Niebla, elle l'écrira dans la cuisine des Neruda pendant que le poète lui parle de ses textes. Avec sa solide formation à Paris et son expérience du monde, María Luisa évitera à Neruda de tomber dans l'intention littéraire sans ambition qu'elle appelle parfois "épater le bourgeois".

Espagne :

En Mai 1934, Neruda doit occuper le poste de consul à Barcelone. Bien que le couple se trouve installé convenablement dans cette ville, le véritable centre créatif artistique est Madrid; et son ami García Lorca, naturellement, fera tout pour le recevoir et l’introduire dans la capitale espagnole. C'est encore Residencia en la Tierra, l’oeuvre qui fera de Neruda une figure brillante de la vie culturelle. Il devient ami de Rafael Alberti, Manuel Altolaguirre, Luis Buñuel, Pablo Picasso, Salvador Dalí, Luis Cernuda, Miguel Hernández, Alejo Carpentier, Vicente Aleixandre, Jorge Guillén et beaucoup d'autres. Une effervescence autour de la jeune république espagnole fait que des grands artistes viennent du monde entier pour voir de près cette expérience. La maison des Neruda, "la casa de las flores", est un endroit ouvert aux amis, où l'on boit, l'on mange et bien sûr l'on fait de la littérature... La vie est devenue exaltante.
Le 18 Août 1934, naît Malva Marina: un prénom nettement représentatif de l'univers Nérudien qui associe une fleur, une couleur, la terre et la mer, Le poète annonce la naissance de sa fille avec joie; García Lorca dédie un poème à l'enfant. Lire le poème

Quelques jours plus tard, on s'aperçoit que le nouveau-né est malade ; le diagnostic tombe, il s'agit d'hydrocéphalie. Le couple se trouve confronté à d'énormes contraintes. Neruda manifeste sa déception et son amertume, Maruca déploie toute son énergie pour les soins donnés à Malva Marina. Vicente Aleixandre parle de cette période dans ses mémoires. En Novembre 1935, à cause du départ de Gabriela Mistral, Neruda est appelé pour occuper un poste de consul à Madrid.

L'activité littéraire de Neruda est extrêmement importante: on lui demande de diriger une revue de poésie qu'il baptisera Caballo Verde para la Poesia (Cheval Vert pour la Poésie). Durant ses voyages en France, il maintient des relations avec tous ceux qui cherchent à "transformer le monde", (en ces années, la division entre intellectuels et artistes surréalistes et procommunistes n'est pas totalement consommée). C'est ainsi que Robert Desnos et sa femme Youki visiteront Madrid et resteront quelques semaines auprès des Neruda. Desnos publie un poème dans Caballo Verde. Crevel aussi rencontrera Neruda à l'occasion d'un voyage organisé par Buñuel. Neruda, durant les années 1935 et 1936, en réponse aux amis qui lui parlent de textes engagés, continue à dire vouloir écrire plutôt sur les rêves...

Pablo Neruda et Delia del Carril
La République espagnole sombre: García Lorca est assassiné, la situation à Madrid devient dangereuse, Neruda a déjà commencé une relation avec Delia del Carril, peintre argentine qu'il a rencontrée dans une des innombrables réunions d'artistes à Madrid. Maruca part avec leur fille pour Barcelone.

Peu après, Neruda retrouve Maruca et Malva Marina pour partir en France. Pendant que Neruda et ses amis proches iront jusqu'à Paris, Maruca, avec l'espoir de trouver des soins plus adaptés pour Malva Marina, ira s'établir à Monte-Carlo, où elles s'installent dans un appartement qui appartient à une famille néerlandaise.

Pablo Neruda, d'après les informations existantes à ce jour, ne verra plus jamais sa fille...

Gouda, Pays Bas :

En Avril 2004, un chilien résidant aux Pays-Bas, Antonio Reynaldos, suite à des recherches d'archives, tente d'en savoir un peu plus sur le parcours de la première épouse de Neruda et de leur fille au cours de cette période dramatique pour l'Europe toute entière; il finit par découvrir une tombe dans le vieux cimetière de la ville de Gouda.

Il faut dire que dans ses mémoires ou dans ses entretiens, Neruda ne parle jamais directement de la douloureuse histoire de Malva Marina. Dans son oeuvre, on trouve des poèmes associés à ces évènements. Et dans sa correspondance il y a aussi quelques renseignements.

La ville de Gouda, en apprenant l'existence de cette tombe, publie quelques notes. La radio locale relaiera cette information. L'inscription sur la pierre tombale indique que Malva Marina Reijes (nom de famille d'origine de Neruda, Reyes en espagnol) est décédée en Mars de l'année 1943, à Gouda.

Peu après, des personnes proches de Malva Marina se font connaître: une dame, Neyl Leis, nous apprend que c'est elle qui s'est occupée de la fillette dans les années 40, embauchée par la famille Julsing, à Gouda. Puis, on réussit à contacter Fred Julsing, frère adoptif de Malva Marina. C'est lui qui va trouver des photos de Malva Marina parmi ses souvenirs de famille. Pour la première fois, on a des images de Malva Marina. Antonio Reynaldos fait des entretiens de ces deux témoins.

La Haye, Pays Bas :

Maryka Hagenaar, après Monte-Carlo, est venue vivre à La Haye. On ne sait pas encore beaucoup de choses sur son parcours. Seulement une série d'adresses. Et dans sa correspondance, des phrases qui laissent à penser qu'elle travaille et que son salaire ne lui permet pas de satisfaire aux besoins que l'état de Malva Marina exige. Probablement dans l'année 1939, par l'intermédiaire d'une organisation d'Église, la famille Julsing, qui avait déjà deux enfants, propose de recevoir la fillette "parce qu'on a toujours été une famille solidaire" selon l'expression de Fred Julsing.

Paris, France :

Neruda s'installe à Paris quelque temps, pour se lancer dans l'action de solidarité avec les républicains espagnols. Il n'a plus de revenus puisque le gouvernement chilien a mis fin à ses activités diplomatiques à cause de son parti pris en faveur de la République Espagnole.
Nancy Cunard par Cecil Beaton (1930)

Il travaille avec Nancy Cunard à l'édition d'une revue artistique pour aider à financer les besoins de solidarité. Ensuite, il partira avec Delia del Carril au Chili...
Oscar Valdés

mercredi 16 janvier 2008

INCITATION AU NIXONICIDE ET ÉLOGE DE LA RÉVOLUTION CHILIENNE




J'EXPLIQUE CERTAINES CHOSES
Voici un livre jamais écrit il incite les poètes anciens et modernes, morts ou présents, à inscrire au fronton de l'Histoire, un froid et délirant génocide.

Dans le livre se succèdent sommation, jugement et disparition finale possible, sous l'effet de la nombreuse artillerie poétique pour la première fois ici mise en action.
L'Histoire a prouvé que la Poésie pouvait démolir et je m'en remets à elle, sans plus.

Nixon accumule les péchés de tous ceux qui le précédèrent dans la félonie. Il est parvenu à son zénith quand après les accords sur les termes d'un cessez-le-feu, il a ordonné les bombardements les plus cruels, les plus destructeurs et les plus lâches de l'histoire du monde.

Seuls, les poètes sont capables de le plaquer au mur et de le cribler tout entier avec les tercets les plus mortels. Le devoir de la poésie est de le transformer, à force de décharges rythmiques et rimées, en - une loque indescriptible.

Il est intervenu aussi dans le blocus économique prétendant isoler et annihiler la révolution chilienne.

Pour cela, il s'est servi de divers exécutants, quelques-uns démasqués, comme le vénéneux réseau d'espions de l'IT.T. et d'autres, sournois, dissimulés, infiltrés parmi les fascistes de l'opposition chilienne contre le Chili.

Ainsi, le long titre de ce livre correspond-il à l'état actuel du monde, au proche passé, et Dieu merci ! à ce que nous laisserons derrière nous comme spectacle de menace et de douleur.

Je suis un adversaire farouche du terrorisme. Non seulement parce que, presque toujours, il est exercé avec une irresponsable lâcheté et une anonyme cruauté, mais parce que ses conséquences, comme des boomerangs, reviennent blesser un peuple qui en ignorait tout.

Cependant, les circonstances de mon pays, les actes terribles qui ont endeuillé parfois notre Paix politique, ont bouleversé mon âme. Les assassins du général Schneider sont toujours bien vivants dans des prisons dorées ou dans de somptueux hôtels étrangers.

Certains prévaricateurs ont réduit leurs peines à la mesure de celle qui frappe, dans mon pays, le vol d'une poule. On a peine à croire que des gens qu'on appelle juges, puissent manquer à ce point de vergogne:

Cette phrase va faire grimacer, on dira que j'insulte la Magistrature. Eh bien, non ! chaque discipline humaine, et entre toutes, l'acte si délicat de juger me paraît mériter un étrange respect. Mais j'ai pour moi ceci que l'Injustice qui vient des tribunaux, de ceux qui doivent être Justes, est le plus incalculable des équilibres de la raison.

Il y a d'autres entités et d'autres personnes que mon encre verse ici sur la place publique. Je fus attache à certaines par les liens de la connaissance et du respect.

Mais, de retour au Chili je me suis rendu compte que ces personnages avaient transgressé les règles du jeu. Leur froide ambition les a poussés à marcher avec les féodaux et autres voraces ennemis du peuple. Et alors, j'ai mis fin à la connaissance que j'en avais : puisqu'elles ont à ce point manqué de respect envers elles-mêmes, jetant leurs idées aux orties - ces idées qu'elles présentaient comme démocrates et chrétiennes, je ne vois vraiment pas pourquoi un poète les leur restituerait.

Je dois aussi expliquer que ce livre, ainsi que Chanson de Geste, premier livre poétique en espagnol dédié à la Révolution Cubaine n'a ni la préoccupation, ni l'ambition de la délicatesse expressive, ni l'hermétisme nuptial de quelques-uns de mes livres métaphysiques.

Je conserve comme un mécanicien expérimenté mes pouvoirs expérimentaux : je dois être, de temps en temps, un barde d'utilité publique : je dois faire office de garde-frein, de maître-berger, de maître d'œuvre, de laboureur, de gazier, ou de simple bagarreur de régiment capable d'en découdre à coups de poing ou de cracher du feu par les narines.

Et que les esthètes raffinés, s'il en est encore, en crèvent d'indigestion : ces aliments sont des explosifs et du vinaigre à ne pas consommer pour certains. Mais ils seront bons peut-être pour la santé du peuple.

Je n'ai pas d'autre issue contre les ennemis de mon peuple, ma chanson est offensive et dure comme la pierre araucane.
Cette fonction peut être éphémère. Mais je l'assume. Et j'ai recours aux armes les plus anciennes de la poésie, au chant et au pamphlet dont se servirent classiques et romantiques pour détruire l'ennemi.

Et maintenant, prenez garde, je tire

NERUDA
Isla Negra, janvier 1973.



JE COMMENCE PAR INVOQUER WALT WHITMAN


Par acte d'amour envers mon pays
j'en appelle à toi, frère nécessaire,
vénérable Walt Whitman aux doigts gris,
pour qu'avec ton aide extraordinaire
et vers après vers on extirpe à vie
ce Nixon, le Président sanguinaire.
Il n'y aura pas d'heureux sur la terre,
nul ne s'accomplira sur la planète
tant qu'à Washington il jouira de l'air.
Je demande au Barde qu'il me visite
et j'assume mes devoirs de poète
armé du sonnet aux vers terroristes,
car je dois dicter sans aucun appel
la condamnation qu'on n'a jamais vue :
de fusiller un ardent criminel
qui malgré tous ses exploits dans le ciel,
sur la terre tant et tant de gens tue, que la plume fuit et le papier flanche
à écrire et nommer le nom cruel :
l'exterminateur de la Maison Blanche.

II

JE DIS ADIEU AUX AUTRES THÈMES

Amour, adieu, à demain les baisers !
Mon coeur, cramponne-toi à ton devoir
ici je déclare ouvert le procès.
Il s'agit ici d'être ou ne pas être
si nous laissons le truand se mouvoir,
les peuples verront leur douleur perpètre
et perpétré le crime du Président
qui vole le cuivre aux Douanes chiliennes,
étripant au Vietnam les innocents.
On ne peut pas attendre une semaine,
ni même un seul jour de plus car, bon sang !
c'est pour ses atrocités inhumaines
qu'au fouille-merde on fera son affaire.
C'est une fierté pour tout homme pur
qui reçoit le coup de l'information

comme un instrument qui dure si dur,
d'annoncer enfin justice sur terre :
et je t'ai cherché, notre compagnon
pour que s'ouvre le tribunal de sang
et, bien qu'un poète en soit le champion,
le peuple a confié la rose à mes dents
pour qu'avec mes vers et leur vérité
je châtie la haine et le mal puissant
du terrible bourreau commandité
par le concubinage de l'argent
pour incendier jardin et jardinier
dans des pays éloignés et dorés.

III


LA CHANSON DU CHATIMENT
Mais ne comptons pas sur son repentir,
n'attendons pas du ciel ce travail-là :
celui, qui sur la terre fait souffrir
doit rencontrer ses juges ici-bas,
pour la justice et pour l'exemple même
Point ne l'anéantirons par vengeance
mais par ce que je chante et que je sème :
ma raison est la paix et l'espérance.
Oui nos amours sont ceux de tout le monde.
Il ne se détruit pas l'insecte avide
mais se love et cloue son venin immonde,
tant qu'avec la chanson insecticide
je ne brandirais pas mon encrier.
J'en appelle aux hommes pour bien rayer

le Chef couvert de sang, couvert de fiel
commanda, par la mer, par le ciel,
que ne vivent plus des peuples entiers,
des peuples d'amour, peuples de sagesse
qui à l'autre bout de notre planète,
au Vietnam lointain, dans les fermes, liés,
aux rizières, à blanches bicyclettes,
érigeaient l'amour avec l'allégresse :
peuples que Nixon, cet analphabète,
ne connaissait pas même de leur nom
et que d'un décret il tue sans pardon :
le lointain chacal tant indifférent.

IV

LUI
Criminel je te cite et te soumets
à être jugé par les pauvres gens,
par les morts d'hier et par les brûlés,
par ceux qui déjà sans mot, sans secret,
aveugles et nus, blessés, mutilés,
veulent te juger, Nixon, sans décret.

Poèmes adaptés par Marc DELOUZE

mardi 15 janvier 2008

CHRONOLOGIE DE LA VIE DE PABLO NERUDA

SCULPTURES DES MAISONS DE PABLO NERUDA


1904
: naissance le 12 juillet, à Parral Chili de Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto. En août, mort de sa mère Rosa Basoalto.

1910 : entrée au lycée de garçons de Temuco où il étudie jusqu’en 1920.

1917 : première publication sous le nom de Neftali Reyes dans le journal La Mañana de Temuco

1918-19 : quinzaine de poèmes publiés dans Corre-Vuela

1920 : en octobre, après avoir utilisé divers pseudonymes, il choisit définitivement Pablo Neruda, il reçoit plusieurs prix et devient président de l’Athénée Littéraire de Temuco.

1921 : il s’installe à Santiago pour suivre des cours de préparation au professorat de français, il gagne en octobre le premier prix de la fédération des étudiants du Chili qui regroupe des revues qui le publient comme Juventud ou Claridad.

1922 : il collabore à la revue Claridad.

1923 : publication de Crépusculaire par les éditions Claridad.

1924 : publication de Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée par Nascimento.

1925 : il dirige la revue Caballo de Bastos et collabore à plusieurs publications littéraires.

1926 : publication de Tentative de l’homme infini et Anneaux, l’habitant de son espérance.

1927 : Pablo Neruda est nommé consul ad honorem à Rangoon (Birmanie)

1928 : consul à Colombo (Ceylan)

1930 : consul à Batavia (Java), il épouse Marie-Antoinette Agenaar

1931 : consul à Singapour

1932 : retour au Chili et réédition de Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée (texte définitif).

1933 : publication de Résidence sur la terre (1925-1931). 28 août : consul à Buenos Aires. 13 octobre : première rencontre avec Federico Garcia Lorca.

1934 5 mai : consul à Barcelone. 4 octobre : naissance de sa fille Malva Marina

1935 : consul à Madrid, rééditions, fonde et dirige la revue caballo verde para la poesia.

1936 : 18 juillet : début de la guerre d’Espagne, Lorca est fusillé près de Grenade. Pablo Neruda commence l’Espagne au cœur et ses fonctions consulaires prennent fin ; il part à Valence puis à Paris. Il se sépare de Marie-Antoinette Agenaar.

1937 : conférence à Paris sur Lorca. Il fonde avec Vallejo le groupe hispano-américain d’Aide à l’Espagne. 10 octobre : rentre au Chili. 7 novembre : fonde et préside l’Alliance des Intellectuels chiliens pour la défense de la Culture. 13 novembre : l’Espagne au cœur est édité par Ercilla.

1938 : rééditions. 7 mai : mort de son père José del Carmen Reyes Morales puis de sa belle-mère Trinidad Candia Marverde à Temuco. En octobre, Pedro Aguirre Cerda, candidat du front Populaire est élu président de la République. Neruda parcourt le pays et prononce des conférences.

1939 : nommé consul à Paris chargé de l’immigration au Chili des réfugiés espagnols. Le Winnipeg est affrété. "Chile os acoge" adressé aux réfugiés.

1940 : retour au Chili où il poursuit l’écriture du Chant général.16 août : part pour Mexico où il est nommé consul général.

1941 : Ecrit Un chant pour Bolivar. voyage au Guatemala. En décembre, il est attaqué par un commando nazi à Cuernavaca et reçoit l’appui de centaine d’intellectuels de toute l’Amérique.

1942 :voyage à Cuba. Mort en Europe de sa fille.

1943 : Nouveau chant d’amour à Stalingrad publié à Mexico par la Société des amis de l’URSS. Nombreuses publications en Amérique latine.

1945 : 4 mars : Pablo Neruda est élu sénateur des provinces du Nord. 8 juillet : adhésion au PC chilien. Ecriture des Hauteurs du Macchu-Picchu.

1946 : Neruda soutient l’élection de Gabriel Gonzales Videla à la présidence de la République, il est nommé Responsable national de la Propagande. Par décision administrative, Pablo Neruda devient son nom légal.

1947 : 4 octobre : rétablissement de la censure au Chili. 27 novembre : le poète publie Lettre intime pour être lue par des millions d’hommes, qui est le prétexte pour engager des poursuites politiques contre lui.

1948 : 6 janvier : discours au sénat intitulé pour la publication J’accuse. 3 février : Pablo Neruda est radié de la liste des sénateurs. 5 février : les tribunaux ayant demandé sa détention, il entre dans la clandestinité, il écrit le Chant général durant son parcours.

1949 : en février il franchit la cordillère des Andes et en avril il est à Paris au Congrès mondial des partisans de la Paix où il est élu membre du Conseil. Juin : premier voyage en URSS, Pologne, Hongrie. Août : retour au Mexique avec Paul Eluard, il garde le lit jusqu’à la fin de l’année.

1950 : éditions mexicaines illustrées par David Alfaro Siqueiros et Diego Rivera.. Guatemala, Prague, Paris, Rome et Inde où il rencontre Nehru et où sont traduites ces œuvres. En novembre, deuxième Congrès mondial de la Paix où Pablo Neruda reçoit avec Picasso, le prix international de la Paix. Il est l’invité en Tchécoslovaquie par l’Union des écrivains de ce pays.

1951 : récitals en Italie tandis qu’au Chili un hommage au poète est réalisé par la Société des Ecrivains du Chili et le Syndicat des Ecrivains. En mars il est à Paris puis à Moscou, à Prague, puis prend le transsibériens qui l’amène en Mongolie avant d’aller remettre à Pékin le prix international de la paix à madame Sun Yat-Sen.

1952 : il réside en Italie (Capri) et édite Les vers du capitaine de manière anonyme. Voyage à Berlin et au Danemark. Son mandat d’arrestation est annulé au Chili et il peut y rentrer le 12 août. Il retrouve son pays et pour la fin de l’année il est en URSS.

1953 : Il organise dans son pays le Congrès continental de la Culture. En décembre, il reçoit le prix Staline de la Paix.

1954 : juillet : publication des Odes élémentaires et de La vigne et le vent au Chili. Hommages pour l’anniversaire du poète le 12 juillet ( 50 ans), des intellectuels viennent de toute la planète. Pablo Neruda fait don de sa bibliothèque à l’université de Santiago et finance la fondation à son nom pour la poésie.

1955 : séparation d’avec Delia del Carril et installation dans la maison « la chascona » avec Mathilde Urrutia. Publications dans un très grand nombre de langues. Voyages dans les pays socialistes puis en Italie, en France, au Brésil et en Argentine.

1956 : retour au Chili où il écrit les Nouvelles odes élémentaires et Ode à la typographie.

1957 : il commence la Centaine d’amour et part en Argentine où il est arrêté et emprisonné pendant un jour et demi puis relâché grâce au consul chilien. Il devient président de la Société des écrivains du Chili.

1958 : participe à la campagne électorale présidentielle chilienne et publie Vaguedivague.

1959 : cinq mois au Venezuela où on lui réserve un accueil considérable.

1960 : le poème Toros est accompagné par texte de Jean Marsenac et d’illustrations de Pablo Picasso. Pablo Neruda parcourt l’Union soviétique puis, après l’Italie et la France il s’embarque pour Cuba ; il y publie Chanson de geste.

1961 : le poète est nommé correspondant de l’Institut des langues romanes de Yale. Rééditions.

1962 : rééditions, voyage en URSS et en Europe

1963 : rééditions.

1964 : Neruda participe activement à la campagne présidentielle à travers tout le pays.

1965 : premier docteur honoris causa latino-américain à Oxford, publications de critiques.

1966 : voyage aux États-Unis comme invité d’honneur au Pen Club. Récitals aux États-Unis et au Mexique. Il reçoit l’Ordre du Soleil péruvien. À Paris, Aragon publie Elégie à Pablo Neruda. Il légalise au Chili son mariage avec Mathilde Urrutia, et écrit Splendeur et mort de Joaquim Murieta.

1967 : il reçoit le prix Viareggio-Versilia, pour récompenser les personnes promouvant l’entente entre les peuples.

1969 : Le comité central du PC chilien le désigne comme candidat à la présidence ; il parcourt le pays et matérialise par ses contacts l’Unité Populaire. Neruda se retire pour permettre à Salvador Allende d’être désigné candidat unique.

1970 Allende triomphe avec l’Unité Populaire. Neruda est nommé ambassadeur à Paris.

1971 : prix Nobel de Littérature

1972 : Neruda prononce le discours d’ouverture du Pen Club à New York, où il dénonce le blocus américain contre le Chili. Il commence la rédaction définitive de ses mémoires tandis qu’il renonce à son poste d’ambassadeur en France. A son retour au Chili, un hommage populaire au stade national de Santiago lui est offert.

1973 : Incitation au nixonicide et Eloge de la révolution chilienne, contribution à la campagne pour les élections parlementaires. Il lance un appel aux intellectuels latino-américains et européens pour éviter la guerre civile au Chili. 11 septembre : un putsch militaire renverse le gouvernement. Mort de Salvador Allende. 23 septembre : mort de Neruda à Santiago. Ses maisons de Valparaiso et de Santiago sont pillées et détruites. Deux livres posthumes : La rose séparée et La mer et les cloches.

1974 : six livres posthumes : Jardins d’hiver, 2000, Le livre des questions, Le cœur jaune, Elégie, Défauts choisis, et J’avoue que j’ai vécu le 3 mai après la mise en ordre de Miguel Otero et de Mathilde Urrutia.

Marie-Paule Delong