Citation de Pablo Neruda

jeudi 19 février 2015

HENRI MARTIN

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PORTRAIT D'HENRI MARTIN. PABLO PICASSO
Henri Martín escucha
el rumor
que hacen el miedo y la sangre.

En su prisión de Francia
oye
las banderas del bosque.
Los suyos mueren
inútilmente,
se pudren, se los llevan
escarabajos color de estaño.
Caen
hijos de Francia
allá lejos.
Por qué?
Henri Martin se opuso
a la carnicería
sin gloria,
y ahora
con un traje rayado,
con un número a cuestas,
trabaja encarcelado
el radiante
honor de Francia.
Para desembarcar con aguacero caliente, 
entre las moscas,
tanques y pústulas,
maldiciones, desgracias,
para desembarcar
muchachos
nacidos de la rosa
de Francia,
hijos
del jazmín y las uvas,
para matarlos,
para condecorarlos
y asesinarlos,
el gobiernillo
de Francia
debe crucificar el honor,
encarcelarlo,
ponerle traje a rayas,
numerarlo,
debe industrializar su estercolero
para venderlo
a los cowboys de Washington,
debe romper los huesos
del antiguo
honor nunca extinguido.

Por eso
Henri Martín,
radiante,
indomable
a través de las barras
que aprisionan
los ojos tricolores
de su pueblo,
mira
cómo cae
la sangre en los pantanos,
allá lejos,
sin gloria,
bajo las alas tórridas,
y los escarabajos
con sus pequeñas
bocas de estaño
acarreando
a las húmedas madrigueras,
hombres,
fragmentos de muchachos,
la fuerza y la dulzura
de Francia
sacrificada
para que los cowboys
de Filadelfia
bailen con la suavísima señora
del embajador de Francia.
Henri Martin: el trébol
del pasto matutino,
las cosas más humildes,
el banco
del carpintero,
la flor azul sin nombre
entre las piedras,
el terrible
viento sulfúrico
de Chuquicamata en la noche,
los hombres
hacinados
en las minas,
el pan,
el guerrillero
de nuestra dolorosa,
materna, desdichada,
heroica
Grecia de hoy,
todo
lo sencillo,
lo que sin aprender y sin saberlo
canta en todas las tierras y los ríos,
todo
te saluda,
Henri Martin, hermano
de cuanto existe, hermano
de la claridad y del sueño,
hermano
de la rectitud y del día,
hermano
de toda la esperanza,
marinero.
Yo paso y veo el mundo.
Allí estuve,
allí donde estuviste.
Conozco
la sangre y la muerte.
Por eso, porque eres
el hermano
de la vida,
Henri Martin, honor
de Francia, hoja
de la más alta encina,
laurel de las praderas,
héroe
de la paz y de la pureza,
te saludo
con la simplicidad
de la arena y la nieve
de mi patria distante.


poema « Henri Martin » en Canto general,  De « Crepusculario » a « Las uvas y el viento ». 1923-1954,  (Obras completas, tomo I) pages 1092-1095, Edición de Hernán Loyola. Galaxia Gutemberg, Barcelona, 1999.   





HENRI MARTIN EST DÉCÉDÉ

HENRI MARTIN. PHOTO L'HUMANITÉ
 Résistant, communiste, anticolonialiste, Henri Martin a passé plus de trois ans en prison pour son engagement contre la guerre d'Indochine, avant d'être libéré puis gracié à l'issu d'une grande campagne pour sa libération. Herni Martin est décédé dans la nuit du 16 au 17 février. Il était né en 1927 à Lunery, dans le Cher.


En 1945, lorsque le territoire métropolitain est à peine libéré, Henri Martin, jeune communiste dès seize ans, maquisard FTP à dix-sept, s’engage dans la marine. Appelé en Indochine, il est persuadé qu’il va affronter l’armée japonaise, alliée des nazis. Mais, lorsqu’il arrive sur place, les Japonais sont déjà désarmés, et il est témoin, à son corps défendant, des premiers combats contre le Viêt-minh. 

C’est à ce moment seulement qu’il entend parler, pour la première fois, d’un certain Ho Chi Minh et de l’indépendance, nouvellement proclamée, du Vietnam. De retour en France, il est affecté à l’arsenal de Toulon. Pour lui, il reste, sous l’uniforme, un citoyen. Il commence donc un travail d’intense propagande au sein de l’armée : distributions de tracts, de la presse anti-guerre, inscriptions à la peinture, etc. 

Ce qui devait arriver arrive : Henri est arrêté par la gendarmerie militaire le 14 mars 1950. En plus des motifs classiques, atteinte au moral de la nation, agitation politique illégale au sein de bâtiments militaires, l’accusation veut lui mettre sur le dos un acte de sabotage. 

Lors du procès, l’édifice s’écroulera, et Henri sera définitivement lavé de cette indignité par le jury, pourtant militaire. Restera, donc, un procès politique, et seulement politique. Pour cette seule activité, certes interdite, le jeune marin va être condamné à cinq années de prison ! Il en fera finalement plus de trois, avant d’être gracié (de mauvaise… grâce) par le président Auriol, en août 1953.

samedi 24 janvier 2015

ET SI ON DEMANDAIT (ENCORE) À PABLO NERUDA DE QUOI IL EST MORT

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Son chauffeur, durant plusieurs années, a maintenu que Pablo se plaignait de douleurs à l'estomac, après avoir reçu une injection. Si la cause de la mort, officiellement, est un cancer de la prostate, la disparition des registres de l'hôpital entretient un climat de suspicion. 

Le Dr Draper, qui était au chevet du malade, avait confié au Dr Price, un nouveau traitement, et les avocats de la famille Neruda assuraient, en 2013, ne pas savoir exactement en quoi il consistait. 

En novembre 2013, les conclusions d'une série de tests avaient assuré qu'aucune preuve flagrante d'empoisonnement n'avait été mise en évidence. L'expertise médico-légale effectuée, en vue de prouver que Pablo Neruda avait été assassiné, n'a pour le moment pas de fondement pour étayer cette thèse. 

Publiés les 8 novembre dernier, les résultats dévoilés par le juge chilien Mario Carroza, qui avait ordonné l'exhumation du corps, en avril dernier, ne révèlent pas grand-chose. Pourtant, Neruda, intellectuel de gauche, opposant au régime dictatorial d'Augusto Pinochet représentait une cible idéale pour une tentative d'assassinat. Surtout que son décès survenait le 23 septembre 1973, moins d'une quinzaine de jours après le Coup d'État qui a mené Pinochet au pouvoir.

Les analyses des ossements avaient été réalisées par un groupe interdisciplinaire de scientifiques, comptant 13 experts et trois observateurs. Ils ont été effectués au Chili, en Espagne et aux États-Unis. Les tests ont tenté de déceler des traces de poison y compris le thallium ou l'arsenic — mais ce sont en tout plus de 2000 agents chimiques qui ont été passés au crible. 

FRANCISCO ETXEBERRIA GABILONDO 
Or, le seul élément détecté est un dérivé du dipyrone, médicament utilisé dans les années 70 pour lutter contre... le cancer de la prostate. « Nos résultats signifient qu'il n'existe aucune preuve médico-légale impliquant une mort non naturelle », a expliqué Francisco Etxeberria, anthropologue de l'université du Pays Baque en Espagne, et membre de la commission scientifique d'analyse. 

La thèse de l'assassinat n'est pour autant pas écartée: en effet, l'équipe de Etxebarria explique que l'absence de preuve scientifique tient plutôt à ce que les traces résiduelles de poisons dans l'organisme se sont estompées depuis le temps. Un agent comme le gaz sarin ne serait présent qu'à des niveaux absolument indétectables.

Selon la BBC, de nouveaux examens médico-légaux vont intervenir, pour chercher des métaux inorganiques ou lourds, afin de déterminer la cause directe ou indirecte de la mort. 

Francisco Ugas, porte-parole du gouvernement chilien, affirme que des preuves premières d'empoisonnement existent, et autorisent l'intervention d'agents spécifiques.  

jeudi 22 janvier 2015

LE POÈTE PABLO NERUDA A-T-IL ÉTÉ EMPOISONNÉ PAR PINOCHET ?

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L'ÉCRIVAIN TCHÈQUE JAN DRDA, LE POÈTE PABLO NERUDA ( LUNETTES DE SOLEIL ) AVEC POÈTE FRANÇAIS PAUL ELUARD ET LUMÍR ČIVRNÝ, POÈTE, ROMANCIER, TRADUCTEUR ET HOMME POLITIQUE TCHÈQUE À L'AÉROPORT DE PRAGUE-RUZYNĚ, LE 16 AOÛT 1949 AVANT SON DÉPART POUR PARIS. PHOTO ARCHIVE CZECH NEWS AGENCY (CTK) 
C'est son ancien chauffeur, Manuel Araya, qui depuis plus de quarante ans expose la thèse de l'assassinat. Peu avant sa mort à l'âge de 69 ans, le poète l'aurait appelé depuis l'hôpital Santa Maria de Santiago et lui aurait confié se sentir mal après avoir reçu une injection à l'estomac. Selon lui, Pablo Neruda était déjà atteint par le cancer avant son hospitalisation.

Au moment du drame, le général Pinochet vient à peine d'accéder au pouvoir. Pablo Neruda, communiste et fidèle partisan du président renversé Salvador Allende, a tout pour devenir un leader de l'opposition au nouveau pouvoir. D'après Manuel Araya, l'ambassadeur du Mexique lui aurait même proposé alors de trouver refuge à Mexico. Mais douze jours après le coup d'État du 11 septembre, l'écrivain a été déclaré mort d'un cancer de la prostate.
«Si l'empoisonment est avéré, il constituerait un crime contre l'humanité» Francisco Ugás

Les années 2000 ont vu plusieurs investigations revenir sur la thèse du meurtre. En avril 2013, le corps de l'écrivain a été exhumé à Isla Negra pour effectuer des examens toxicologiques. À l'époque, le service médico-légal chilien n'a trouvé aucune trace de poison.
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Une partie de la famille conteste ces résultats et réclame une nouvelle enquête. De nouvelles analyses vont être menées, cette fois pour tenter de détecter des traces inorganiques ou de métaux lourds dans les restes du poète. Il s'agit de déterminer si des cellules ou des protéines ont été détruites par des agents chimiques, alors que la première vague d'analyses s'était concentrée sur la recherche de traces de poison.

«Il existe des antécédents qui pourraient prouver que Pablo Neruda a été empoisonné. Si ce fait est avéré, il constituerait un crime contre l'humanité», a déclaré le secrétaire exécutif du programme pour les droits de l'homme chilien Francisco Ugás.

«C'est la première fois qu'une institution étatique s'engage à chercher la vérité sur la mort de Pablo Neruda, a commenté le neveu du poète et avocat Rodolfo Reyes. Connaître cette vérité est nécessaire. Pas uniquement pour notre famille, mais aussi pour le Chili et pour le monde entier.»

LE CHILI TENTE TOUJOURS DE RÉPONDRE À LA QUESTION : « PABLO NERUDA A-T-IL ÉTÉ ASSASSINÉ ? »

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LE NEVEU DE PABLO NERUDA, RODOLFO REYES (GAUCHE), À CÔTÉ DE  L'AVOCAT DU PROGRAMME DE DROITS DE L'HOMME DU MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR DU CHILI, RODRIGO LLEDÓ. PHOTO EFE
Comme l'explique au El Mercurio Rodrigo Lledó, avocat du programme des droits de l'homme du ministère :
« La première enquête n'a pas réussi à déterminer s'il y a eu du poison dans le corps de Neruda, en raison notamment du temps qui nous sépare du décès. Cette seconde enquête a pour but d'établir s'il y a eu ou non des dommages cellulaires qui seraient le résultat d'un agent chimique n'étant plus détectable aujourd'hui dans la dépouille.
Nous ne cherchons pas 'le poison'. Nous cherchons le type de dommage qu'aurait provoqué un type de poison ou d'agent chimique, biologique ou radiologique.
 »

« D'après cette version...»

En novembre 2013, un groupe d’experts internationaux avait écarté l’hypothèse de l’empoisonnement. L’expertise médico-légale n'avait « pas trouvé d'éléments chimiques significatifs qui puissent être liés à la mort ». Les examens menés n'avaient « pas permis de trouver l'étiologie de causes non naturelles dans la mort » et confirmé « la présence de métastases dans divers segments du squelette, correspondant à la maladie pour laquelle était traité M. Pablo Neruda ».


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PHOTO ARCHIVE DU QUOTIDIEN ITALIEN L’UNITÀ 
Mais les experts s'étaient opposés à la fermeture du dossier, précisant qu’ils n’étaient toujours pas en mesure de répondre à la question à l'origine de cette affaire : Pablo Neruda a-t-il ou non été assassiné.

Comme le rappelle La Segunda, la thèse d'un assassinat est défendue par le chauffeur du poète à sa mort, Manuel Araya, qui assure que Neruda a été empoisonné dans un hôpital de Santiago, peu de temps avant de quitter le pays.
« D'après cette version, Neruda s'était rendu au complexe hospitalier non pour des raisons de santé, mais pour attendre un avion spécialement envoyé par le gouvernement mexicain pour quitter le Chili. Pendant son passage dans cette clinique, selon Araya, on lui aurait fait une injection létale. »
Manuel Araya, qui est sorti de son silence en 2011 avec l'appui du Parti communiste chilien, raconte alors que Neruda, qui n'était pas en état critique avant son arrivée à la clinique, lui aurait dit qu'un docteur lui avait fait une injection à l'estomac qui le « brûlait de l'intérieur ». La thèse du chauffeur n'est pas partagée par la majorité de la famille du poète, mais le doute existe visiblement encore pour la justice.

La dépouille du plus grand poète chilien de l'histoire, prix Nobel de littérature en 1971, a été exhumée en avril 2013. Neruda et sa troisième femme Mathilde étaient enterrés sur l'Isla Negra, tournés vers l'océan Pacifique qui l'a tant inspiré.

vendredi 14 novembre 2014

jeudi 13 novembre 2014

BEIJING, CHINE : INAUGURATION D’UN BUSTE DE PABLO NERUDA

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LA PRÉSIDENTE MICHELLE BACHELET A RENDU HOMMAGE À PABLO NERUDA À BEIJING. PPHOTO JOSÉ MANUEL DE LA MAZA
L'événement s'est déroulé en présence de nombreux invités, notamment celle  du créateur de l'œuvre, l'éminent artiste chinois Yuan Xikun. La Présidente a rappelé que Neruda « a été un grand admirateur de la Chine. Il a séjourné ici en 1928, 1951 et 1957. Sur sa navigation sur le fleuve Yangzi Jiang, dans au cours de sa dernière visite il a écrit : 'Il y a peu de paysages dans la terre d’une beauté si écrasante' ». La chef d'État a souligné que Neruda «fut un homme de son temps, sensible à la beauté, à la majesté des fleuves et des montagnes, mais aussi aux grandes transformations humaines de son époque. Et l'une de ces transformations fut, sans doute, celle de la Chine».

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LA GRANDE MURAILLE DE CHINE EST SANS CONTESTE UNE DES CONSTRUCTIONS LES PLUS IMPRESSIONNANTES DE L'HUMANITÉ,  PABLO NERUDA 1957.
Avec l'ancien Président de la République, Salvador Allende et le peintre José Venturelli, Pablo Neruda a été l'un des membres fondateurs, en 1952, de l'Institut Chilien-Chinois de Culture, que pendant plus de soixante ans a développé un actif travail de promotion de la culture et des arts au Chili et a servi d'espace de rencontre de remarquables personnalités littéraires et artistiques des deux pays.

mardi 14 octobre 2014

ARTHUR RIMBAUD : LE POÈTE « VOYANT »

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1854 -20 OCTOBRE- 2014

LE 160 ÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DU POÈTE ARTHUR RIMBAUD.

vendredi 19 septembre 2014

test

FUNÉRAILLES SURVEILLÉES


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PHOTO EVANDRO TEXEIRA
«S'il vous plaît, plus de photos », a demandé Matilde. Les flashes mitraillaient avec insistance le corps sans vie du poète, en projetant une lumière clignotant dans ce couloir obscur de la Clinique Santa María. C'était le matin du 24 septembre 1973. La nuit précédente, à dix heures passées, Neruda était mort en prononçant -dans un délire bouleversant- ses derniers mots : « Ils sont en train de les fusiller! Ils sont en train de les fusiller! » .

Les photographes n'ont pas fait grand cas du désir de la veuve, et ils se sont obstinés dans l'éclair de leurs appareils photographiques. Avec la presse, une vingtaine d'amis intimes se pressaient aux côtés de Matilde. Le corps fut mis dans un cercueil gris qui est arrivé peu après. Francisco Coloane a fini de boutonner la chemise, ils refermèrent le cercueil et le cortège se dirigea à La Chascona (maison du poète à Santiago), sur le flanc de la colline San Cristóbal.


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LE CORTÈGE SE DIRIGEA À LA CHASCONA 
(MAISON DU POÈTE À SANTIAGO), SUR LE 
FLANC DE LA COLLINE SAN CRISTÓBAL. 
PHOTO EVANDRO TEIXEIRA
Par œuvre des militaires, La Chascona était un désastre : tableaux déchirés, livres à demi brûlés, partout des objets brisés, les rideaux et le téléphone avaient été arrachés. On entrait en marchant sur des morceaux verres. Non contents de la fouille pratiquée, ils avaient dévié un canal qui passait par le coteau en le dirigeant directement sur la maison. La boue s'accumulait sur le plancher, il n'y avait pas de lumière électrique, et un air froid se glissait par les fenêtres brisées.


Quelqu'un a proposé de conduire le cercueil à la Société d'Écrivains. « Pablo a voulu être transporté chez lui. Nous ne l’emmèneront nulle part ailleurs », a prévenu Matilde.

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AU CIMETIÈRE, IL Y EUT DES DISCOURS, 
DES POÈMES EN HOMMAGE À NERUDA, DE
 VAGUES MÉTAPHORES EXIGÉES PAR LA 
PRÉCAUTION DE NE PAS DIRE CE QU’ON 
AURAIT PRÉFÉRÉ CRIER. ILS PLACÈRENT 
LE CERCUEIL DANS LE MAUSOLÉE, ET LE 
COUVRIRENT DE FLEURS.  
PHOTO EVANDRO TEIXEIRA
Les gens ont commencé à arriver. Les premiers furent les ouvriers de Quimantú qui venaient ce jour d'être licenciés, et ils avaient voulu accompagner le cercueil : ils se postèrent près de la caisse et lui ont fait une garde d'honneur. Les missions diplomatiques sont alors arrivées, et la première couronne est apparue, «Au grand poète Pablo Neruda, Prix Nobel. Gustavo Adolfo, Roi de la Suède». L'ambassadeur suédois s’emportait, tandis qu'il interpelait les photographes: «Prenez des photos, des photos, des photos, c'est la preuve la plus évidente de la sauvagerie de ces gens!». Les ambassadeurs de la France et du Mexique sautaient entre les flaques de boue pour arriver au living.

Portant des lunettes sombres, et vêtu d’un manteau noir rigoureux, dans un coin était Alone, le critique littéraire qui n'avait pas économisé des mots pour exiger, depuis sa tribune dans El Mercurio, le coup d'État. Ils sont aussi apparus, quelques représentants de la Junte Militaire que Matilde n'a pas voulu recevoir. Beaucoup d'amis de Neruda étaient là bien tout en étant conscients du risque qu'ils couraient.


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IL Y A EU DES GENS COURAGEUX POUR L’ACCOMPAGNER JUSQU’AU BOUT DE SON VOYAGE EN CHANTANT L’INTERNATIONALE ET CECI : « PABLO NERUDA, PRÉSENT MAINTENANT ET TOUJOURS/ SALVADOR ALLENDE, PRÉSENT MAINTENANT ET TOUJOURS/ VICTOR JARA, PRÉSENT MAINTENANT ET TOUJOURS. »  PHOTO EVANDRO TEIXEIRA

Le mardi 25, à neuf heures du matin, ils sortirent la caisse en traversant l'eau et la boue qui inondait l'entrée et le rez-de-chaussée. Les journalistes étrangers qui arrivaient pour couvrir les obsèques de Neruda étaient consternés devant la scène. Dehors, dans la rue, un groupe d'ouvriers et d'étudiants s'était déjà formé. les premiers cris commençaient à se faire entendre, défiant l’œil vigilant des militaires postés sur les trottoirs, et donneraient ce matin-là le ton de protestation au cortège funèbre : « Camarade Pablo Neruda! », et la réponse en choeur : « Présent! ».


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QUATORZE JOURS APRÈS LE PUTSCH DE PINOCHET, LE CORTÈGE FUNÉRAIRE DE PABLO NERUDA A ÉTÉ LE PREMIER ACTE DE RÉBELLION OUVERTE CONTRE LA DICTATURE. PHOTO EVANDRO TEIXEIRA

Probablement, le Registre le plus complet de ce tragique événement (avec les images gravées par Patricio Guzmán ce jour là dans le celluloïd de « La bataille du Chili »), sans doute a-t-il été rassemblé par le journaliste Sergio Villegas en un texte court, « Funérailles surveillées », qui a presque 25 ans, et qui est réédité au Chili (le Comité Pour Retour d'Exilés a fait une petite édition de cinquante pages en 1984). Il fut publié pour la première fois en 1978, dans le troisième numéro de la revue Araucaria, que Volodia Teitelboim et Carlos Orellana dirigeaient et éditaient depuis Madrid. Le texte a été traduit dans plusieurs langues, adapté pour la radio, et repris dans grand nombre d'oeuvres anthologiques.


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MALGRÉ LA PEUR LES GENS SONT SORTIS DIRE AU REVOIR À NERUDA, CE MATIN TIÈDEMENT ENSOLEILLÉ. RUE PURÍSIMA, FLEUVE MAPOCHO, AVENUE LA PAZ. FACE À UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE, LES MILITAIRES DE L’ARMÉE CHILIENNE VISAIENT LE CORTÈGE. PHOTO EVANDRO TEIXEIRA


« Funérailles surveillées » conserve cette fraîcheur de ton dramatique que Villegas a atteint en recueillant des fragments de témoignages d’amis proches du poète, et qui furent des témoins directs de ces funérailles pleines de rage, un événement que beaucoup ne tarderont pas à considérer comme la première manifestation de rébellion contre la dictature. Tout juste mentionnés par un de leurs noms (Aída, Luis Alberto, Bello, Loyola), comme si c’était l’histoire en elle-même -et non ceux qui la disent- qui a en réalité de l’importance, les témoins superposent leurs voix et reconstituent une mémoire pleine d’affection, dramatique, mais avant tout collective.

« Funérailles surveillées » est aussi un témoignage de la résistance dans l’exil. A ce texte qui raconte les funérailles de Neruda s’ajoute un autre, tout aussi court, «Armée nocturne», écrit en 1983. Il relate une autre histoire d’opiniâtretés et d’obstinations, celle de Radio Berlin, et celle des ces programmes qui, par onde courte, dévoilait au monde entier les atrocités de la dictature. Tout comme Volodia sur Radio Moscou, Sergio Villegas depuis Berlin était la voix qui venait de loin raconter ce qui se passait à l’intérieur, qui recueillait les témoignages des exilés, des intellectuels latino-américains et européens contre le régime, qui rendait compte chaque soir des sessions de la Commission d’Investigation des crimes de la junte militaire mise en place par les Nations Unies, initiative inédite que l’organisme international n’avait entrepris avec aucun autre pays. C’était l’époque où un grand nombre de personnes prit l’habitude de se régler sur la fréquence et de chercher les décharges nocturnes de vérité qui venaient, par onde courte, depuis l’autre bout du monde. Malgré la peur.


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LE 23 SEPTEMBRE 1973, SOUS L’ÉTAT DE SIÈGE, LE CERCUEIL DE PABLO NERUDA RECOUVERT DU DRAPEAU NATIONAL EST CONDUIT AU CIMETIÈRE PARA SA VEUVE ET QUELQUES PROCHES, ACCOMPAGNÉS PAR DES CENTAINES D’ANONYMES. LA DICTATURE DE PINOCHET S’INSTALLAIT AU CHILI À FEU ET À SANG, ET LES FUNÉRAILLES DU PRIX NOBEL ONT ÉTÉ LA PREMIÈRE MANIFESTATION PUBLIQUE CONTRE LE CRUEL RÉGIME MILITAIRE. PHOTO EVANDRO TEIXEIRA

Et c’est également malgré la peur que les gens sont sortis dire au revoir à Neruda, ce matin tièdement ensoleillé. Rue Purísima, Fleuve Mapocho, Avenue La Paz. Face à une centrale électrique, les bérets noirs de l’armée visaient le cortège. Les gens se resserraient. Par moment, quelqu’un, un livre à la main, récitait des vers du poète :

Chacals que le chacal repousserait,
pierres que le dur chardon mordrait en crachant,
vipères que les vipères détesteraient !

Au cimetière, il y eut des discours, des poèmes en hommage à Neruda, de vagues métaphores exigées par la précaution de ne pas dire ce qu’on aurait préféré crier. Ils placèrent le cercueil dans le mausolée, et le couvrirent de fleurs. Il restait encore à limiter les risques de la sortie. Des rumeurs circulaient. « Ils arrêtent des gens dehors », quelqu’un a dit. « Sors par derrière », conseillait un autre. À l’entrée du cimetière se tenaient les militaires, ils regardèrent les gens sortir, vigilants, sans bouger.

mercredi 3 septembre 2014

UN BATEAU DE RÉFUGIÉS CÉLÉBRÉ AU CHILI

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TABLEAU DU « WINNIPEG » QUI ORNAIT LA CABINE DU CAPITAINE GABRIEL PUPIN, OFFERT PAR CELUI-CI, À LA FAMILLE DE VÍCTOR PEY, PASSAGERS DU « BATEAU DE L'ESPOIR » 
Le voyage dure exactement 30 jours. Dans le bateau, de 4.500 tonnes, les cales sont aménagées avec des matelas pour faire dormir les réfugiés. Une cale sert de cantine. 
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LE WINNIPEG TRAVERSE LE LAC GATÚN
ZONE CANAL PANAMA AOUT 1939
Le Winnipeg touche finalement terre de l'autre côté de l'Atlantique le 3 septembre 1939. Le bateau, lui, eut moins de chance: alors que la Seconde guerre mondiale éclatait, il fut détruit par l'armée nazie, selon l'historien espagnol Mario Amoros.

LE CHILI CÉLÈBRE L'ARRIVÉE DU WINNIPEG, BATEAU AFFRÊTÉ PAR PABLO NERUDA


Ce fut seulement une fois arrivé à Paris, explique-t-il à l'AFP, dans une France pas encore tout à fait en guerre, qu'il lut dans le journal que le consul pour l'immigration espagnole Pablo Neruda organisait des entretiens au consulat. Ceux-ci impliquaient des réfugiés espagnols dans l'optique de les emmener de l'autre côté de l'Atlantique, au Chili.


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L'ARRIVÉE DU WINNIPEG À VALPARAISO
 BIBLIOTECA NACIONAL DE CHILE

Victor Pey s'est alors retrouvé face au poète qui prenait ses notes dans un carnet : « J'ai cru que c'était perdu d'avance, parce que l'entretien avec Neruda n'a pas été très chaleureux, mais au bout de dix jours j'ai reçu un avis nous demandant d'embarquer immédiatement sur le Winnipeg, à Trompeloup (Gironde). »

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RÉFUGIÉS ESPAGNOLS DANS LE  BATEAU WINNIPEG  DANS
LE PORT DE TROMPELOUP PRÈS DE BORDEAUX, 1939.
  PHOTO IONE ROBINSON     
 
Mercedes Corbato, également du voyage, se rappelle que le voyage s'est organisé alors que ces réfugiés n'avaient pas d'autorisation pour vivre en France. Leur crainte était d'être déportés. Pour elle et les quelques 2.200 pêcheurs, paysans, ouvriers, intellectuels, anciens militaires, et jeunes enfants, « cela a été un grand bonheur de pouvoir monter dans ce bateau, qui allait nous amener vers la liberté ».

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L'ARRIVÉE DES RÉFUGIÉS ESPAGNOLS
À VALPARAISO
Pour atteindre cette liberté, il aura fallu 30 jours de voyage. Dans l'embarcation de 4.500 tonnes, les cales ont été aménagées avec des matelas ainsi qu'une cantine. Et le 3 septembre 1939, le Winnipeg arrivait finalement à bon port. Même si l'embarcation allait être détruite par l'armée nazie lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, selon l'historien espagnol Mario Amoros.

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JEUNE PASSAGÈRE DU BATEAU WINNIPEG  
DANS LE PORT DE TROMPELOUP,  1939.
PHOTO  PHOTO IONE ROBINSON     
 
Victor Pey raconte que les réfugiés sont « arrivés à la tombée de la nuit au port de Valparaiso, et, la première chose que l'on a vue, c'était très joli, les collines de Valparaiso toutes illuminées. Le jour suivant, la majorité des voyageurs a pris un train pour Santiago, la capitale, où une foule de gens nous a reçus avec beaucoup de tendresse ». Une grande partie d'entre eux aurait alors trouvé du travail rapidement.

Mais si certains allaient finir leur vie au Chili, d'autres dûrent fuir encore. Car avec le coup d'Etat d'Augusto Pinochet, en septembre 1973, certains sympathisants de la gauche déchue de Salvador Allende se sont à nouveau exilés. Dans ses mémoires, Pablo Neruda évoque cet épisode humanitaire comme « la plus noble mission accomplie dans ma vie ». Pour Victor Pey, c'est aussi « ce qui a permis que je garde ma vie, mon travail et ma dignité ».

mardi 2 septembre 2014

BIENVENU PABLO NERUDA

LA COPIE D'UN VIEUX JOURNAL AVEC LE POÈTE LAURÉAT DU PRIX NOBEL PABLO NERUDA, VU DANS SA MAISON DE SANTIAGO DU CHILI, LE VENDREDI 8 NOVEMBRE 2013. PHOTO LUIS ANDRES HENAO

jeudi 21 août 2014

CANTO A BERNARDO O´HIGGINS

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« CANTO A BERNARDO O´HIGGINS » 
TEXTE PABLO NERUDA, 
MUSIQUE VICENTE BIANCHI.
 DURÉE : 00:03:56 
  
Quien será ese hombre tranquilo
sencillo como un sendero
valiente como ninguno
Bernardo te llamaremos

Solo Bernardo te llamas
hijo del campo y del pueblo
niño triste, roble solo
lámpara de Chillan viejo
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PORTRAIT DE BERNARDO O'HIGGINS RIQUELME
À LONDRES (1798), AUTEUR ANONYME

Estribillo:
Pero la patria te llama y vienes
y se despliega tu nombre
Bernardo O'Higgins Riquelme
como si fuera una bandera
al viento de las batallas
y en primavera
al viento de las batallas
y en primavera

O'Higgins nos enseñaste
y nos sigues enseñando
que patria sin libertad
es pan, pero pan amargo

De ti heredamos la lucha
orgullo de los chilenos
tu corazón encendido
seguirá combatiendo

Estribillo:
Pero la patria te llama y vienes
y se despliega tu nombre
Bernardo O'Higgins Riquelme
como si fuera una bandera
al viento de las batallas
y en primavera
al viento de las batallas
y en primavera.


EN ESPAGNE, LE JUGE GARZON ORDONNE L'OUVERTURE DE LA FOSSE OÙ SE TROUVENT LES RESTES DE GARCIA LORCA

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LAURA GARCÍA LORCA, NIÈCE DU POÈTE.
PHOTO GORKA LEJARCEGI
 
Après s'être déclaré compétent pour enquêter sur les "disparus" du franquisme, le juge espagnol Baltasar Garzon, de l'Audience nationale, la plus haute autorité pénale du pays, a ordonné, jeudi 16 octobre, l'ouverture de plusieurs fosses communes, dont celle où se trouvent les restes du poète Federico Garcia Lorca, entre les bourgs d'Alfacar et de Viznar, près de Grenade (sud de l'Espagne).
Le Monde.fr DU   16.10.2008  avec AFP
la famille de Garcia Lorca s'était toujours opposée à l'ouverture de cette fosse qui contient également les restes de deux toreros anarchistes. Mais elle avait annoncé, en septembre, au quotidien El Pais, qu'elle ne s'opposerait pas finalement à l'ouverture de la fosse commune. "Même si nous aimerions que cela ne se fasse pas, nous respectons le désir des autres parties impliquées", avait déclaré Laura Garcia Lorca, nièce du poète et porte-parole de la famille.

Le juge Garzon a également décidé d'autoriser l'exhumation de la dépouille mortelle du maître d'école Dioscoro Galindo exécuté en 1936, près de Grenade, par des franquistes en même temps que le poète.